
Depuis un an, une étrange impression s’installe autour de Stellantis. À chaque nouvelle semaine ou presque, un constructeur chinois apparaît dans l’actualité du groupe : Leapmotor, BYD, Dongfeng, JAC Motors… Les annonces, rumeurs, partenariats et discussions s’enchaînent à un rythme inédit. À tel point qu’une question finit par émerger : Stellantis est-il en train de se rapprocher de la Chine… ou est-ce finalement la Chine qui courtise Stellantis ?
Car derrière cette succession de dossiers, un schéma semble se dessiner. Usines européennes sous-utilisées, technologies électriques chinoises, marques européennes en difficulté, besoin de réduire les coûts et d’accélérer le développement : tout cela transforme progressivement Stellantis en partenaire potentiellement très attractif pour les groupes chinois. Et peut-être aussi en acteur qui cherche volontairement à se rendre indispensable.
Leapmotor : le début d’un changement de philosophie
Le vrai tournant remonte probablement au partenariat avec Leapmotor. À l’époque, beaucoup y voyaient surtout un accord commercial destiné à vendre des voitures électriques chinoises via le réseau Stellantis en Europe. Mais depuis quelques mois, le projet a pris une toute autre dimension.

Le groupe dirigé par Antonio Filosa ne parle plus seulement de distribution. Il est désormais question d’usines européennes, de plateformes techniques chinoises et même de futurs modèles Opel développés avec des technologies Leapmotor. L’exemple le plus marquant reste celui de l’usine de Villaverde, en Espagne. Stellantis étudie la possibilité de transférer la propriété du site à la filiale espagnole de Leapmotor International. Une décision symboliquement énorme pour un constructeur européen historiquement attaché à ses implantations industrielles. Dans le même temps, Opel a confirmé travailler sur un futur SUV électrique reposant largement sur l’architecture et les batteries de Leapmotor. Officiellement, le modèle sera conçu en Allemagne. Mais la base technologique sera chinoise.
Il y a encore cinq ans, une telle annonce aurait probablement provoqué un séisme industriel et politique. Aujourd’hui, Stellantis présente cela comme une évolution logique pour accélérer le développement de véhicules électriques moins coûteux.
Dongfeng : le retour d’un partenaire historique
Quelques jours plus tard, c’est Dongfeng Motor qui revenait au premier plan avec une annonce officielle beaucoup plus structurée.

Le partenariat historique entre Stellantis et Dongfeng entre dans une nouvelle phase. Les deux groupes vont produire en Chine de nouveaux modèles Peugeot et Jeep destinés au marché chinois… mais aussi à l’exportation mondiale. L’accord prévoit notamment la fabrication de deux nouveaux véhicules électriques Peugeot dans l’usine de Wuhan à partir de 2027, ainsi que de deux Jeep électriques destinés aux marchés globaux. Cette fois, on ne parle plus seulement d’une présence locale en Chine. On parle d’un constructeur chinois qui devient un maillon industriel de la stratégie mondiale de marques occidentales emblématiques.
Et derrière cette annonce se cache aussi une autre réalité : l’usine italienne de Cassino est régulièrement citée dans les discussions autour d’éventuelles coopérations avec Dongfeng. Le site traverse une période extrêmement difficile, avec des volumes en forte baisse et un avenir encore flou.
BYD regarde désormais les usines Stellantis
Puis est arrivée la déclaration qui a probablement le plus marqué les observateurs ces derniers jours.

Lors d’une conférence du Financial Times à Londres, BYD a clairement expliqué chercher des capacités industrielles disponibles en Europe. Et lorsque la vice-présidente exécutive Stella Li évoque des discussions avec plusieurs groupes, le nom de Stellantis apparaît immédiatement dans toutes les analyses.
Ce n’est pas un hasard. L’Italie concentre aujourd’hui plusieurs des sites les plus fragilisés du groupe : Cassino, Mirafiori, voire certains actifs liés à Maserati ou Alfa Romeo. Dans un contexte de surcapacité industrielle européenne, ces usines deviennent des opportunités potentielles pour les constructeurs chinois souhaitant produire localement afin d’éviter les barrières douanières européennes.
BYD reste volontairement vague sur ses intentions réelles, mais les signaux sont suffisamment forts pour inquiéter syndicats et responsables politiques italiens. Et surtout, cela renforce encore cette impression étrange : Stellantis est devenu un terrain de jeu industriel particulièrement attractif pour les groupes chinois.
Maserati et JAC : la rumeur qui résume tout
Mais la rumeur la plus spectaculaire reste probablement celle autour de JAC Motors, Huawei et Maserati.

Selon plusieurs médias chinois, des discussions auraient eu lieu autour d’une future grande berline électrique de luxe utilisant les technologies Huawei, une base industrielle JAC et le badge Maserati pour l’international. Sur le papier, le projet semble presque irréel : une Maserati électrique développée en Chine afin de concurrencer Rolls-Royce et Mercedes-Maybach.
Mais cette rumeur illustre parfaitement la période actuelle. Même une marque aussi symbolique que Maserati, incarnation du luxe automobile italien, semble désormais intégrée dans cette logique de rapprochement technologique avec la Chine. Le problème, évidemment, est culturel autant qu’industriel. Maserati vend une histoire italienne, une émotion mécanique, une identité liée à Modène et au sport automobile. Imaginer un modèle reposant sur une plateforme chinoise pose forcément la question de l’identité même de la marque.
Et pourtant, économiquement, l’idée n’est pas absurde. Maserati s’est quasiment effondrée en Chine ces dernières années, passant d’environ 15 000 ventes annuelles à seulement quelques milliers. Pour revenir sur ce marché devenu ultra-technologique, un partenariat local pourrait apparaître comme une solution pragmatique.
Stellantis joue-t-il volontairement la carte chinoise ?
Au final, ce qui frappe surtout, c’est la multiplication simultanée des dossiers.
Leapmotor pour les plateformes électriques et les usines européennes. Dongfeng pour produire des Peugeot et Jeep destinées au monde entier. BYD qui regarde les capacités industrielles inutilisées. JAC et Huawei associés à une possible Maserati électrique chinoise.
Pris séparément, chaque dossier peut s’expliquer rationnellement. Mais ensemble, ils donnent le sentiment que Stellantis cherche peut-être aussi à envoyer un message. Celui d’un groupe ouvert aux partenariats, flexible, capable d’offrir des marques fortes, des usines européennes, des réseaux de distribution et un savoir-faire industriel historique. En clair : un partenaire extrêmement séduisant pour les géants chinois qui veulent accélérer leur implantation mondiale.
Et dans une industrie automobile en pleine mutation, où les constructeurs européens cherchent désespérément à réduire leurs coûts dans l’électrique, Stellantis semble avoir choisi une voie très pragmatique : multiplier les ponts avec la Chine plutôt que tenter de lui résister frontalement.
Nous y sommes et ce n’est que le début de toutes ces « chinoiseries ». Carlos TAVARES avait prévenu et sur ce point, il avait raison !
Oui enfin c’est en grande partie de sa faute donc normal qu’il ait vu venir, il a préparé le terrain 😂
Tavares c’est l’homme qui a tout fait pour détruire les marques italiennes. Alors ses leçons ou prédictions il peut se les garder. Stellantis est une catastrophe, cette alliance PSA-FCA, tout ça pour se mettre entre les mains de Leapmotor et d’autres constructeurs chinois, c’est une honte.
Mr Filosa faite une Citroën Maserati sm cabrio une nouvelle légende qui plaira au américain. Pour Peugeot un pickup sur base Ram puisque au US ils ont les base de fourgon Peugeot. Avant qu un chinois reprend des marques, merci.
Le ProMaster et ProMaster Rapid sont sur base Fiat (Ducato et Fiorino brésilien), comme une partie de la production RAM. Et faire un pick-up Peugeot sur une base de gros pick-up glouton vendu en Europe serait un non-sens.
Alexandre, quand je lis ce titre, j’ai comme l’impression que tu prépares les esprits au pire pour que quand quelque-chose arrive (on espère que non), on se complaise avec ce qu’il nous reste… 🤔
Une Jeep produite en chine vendue mondialement, une Opel conçue en Chine et produite en Espagne, des rumeurs pour Maserati, BYD qui dit officiellment être intéressé par des usines en Italie… je pense qu’il faut se préparer à ce que stellantis soit Italien, Français, Américain et Chinois.
J’espère que dans 3 jours Filosa aura l’honnêteté d’être transparent…
Pour ma part, je pense que ça va être un abandon définitif des marques italiennes… J’en ai un peu ras le bol ^^ On se dirige lentement mais sûrement vers une philosophie qui ne me convient pas, je n’aurai plus qu’à me replonger dans mes livres d’histoires et rêver du passé glorieux. (et éventuellement une ancêtre un jour!)
Ma prochaine sera certainement une japonaise.
j’en ai aussi ras le bol… pour Fiat je suis plutôt confiant. Pour Alfa Romeo et Maserati je suis lassé. Pour Lancia je doute beaucoup. Pour Abarth n’en parlons plus.