
Revenons dix ans en arrière. Alfa Romeo sort alors d’une période durant laquelle la marque a lancé la 4C en 2013, après la MiTo en 2008 et la Giulietta en 2010. Mais Sergio Marchionne voit beaucoup plus grand. Son projet est de relancer complètement Alfa Romeo et d’en faire, enfin, un véritable concurrent de BMW.
Des milliards d’euros sont investis. Nouvelle plateforme, nouveaux moteurs, nouvelle gamme : tout doit changer. La Giulia arrive, suivie un an plus tard par le Stelvio. L’ambition est immense, avec un objectif qui paraît aujourd’hui presque irréel : atteindre 400 000 ventes annuelles. La suite, on la connaît par cœur.
Ce n’est pas un échec… ça n’a pas marché
Nous sommes en 2026 et les Giulia et Stelvio sont toujours au catalogue, même si leur carrière touche désormais à sa fin. Entre-temps est arrivé le Tonale en 2022, développé sur une base technique issue du Jeep Compass. Après un bon démarrage, ses ventes se sont effondrées et le modèle ne correspond plus vraiment aux attentes du marché.
À l’autre extrémité de la gamme, le Milano, rapidement rebaptisé Junior, est un proche cousin du Peugeot 2008 assemblé en Pologne. C’est aujourd’hui lui qui porte en grande partie Alfa Romeo. Et soyons réalistes : la marque ne devrait pas dépasser les 60 000 ventes cette année.
Dix ans après les ambitions démesurées de l’époque Marchionne, Alfa Romeo semble donc redevenir une marque plus régionale, avec des ambitions produit plus mesurées. Stellantis a changé de CEO en 2025 et Alfa Romeo a également renouvelé une partie importante de son management. Santo Ficili dirige la marque depuis fin 2024, Gilles Vidal est devenu durant l’été 2025 directeur du design des marques européennes et Arnaud Belloni a récemment pris la direction marketing des marques européennes. Beaucoup de changements au sommet, donc, et un plan produit qui évolue lui aussi.
Une gamme Alfa Romeo beaucoup plus rationnelle
Dans les prochaines années, nous attendons un restylage du Junior, puis le remplaçant du Tonale. Ce dernier devrait être un proche cousin du Peugeot 3008 et pourrait également prendre indirectement la place du Stelvio : avec des dimensions situées entre les deux SUV actuels, il permettrait à Alfa Romeo de rationaliser sa gamme. Une nouvelle Giulietta est également attendue, sur la plateforme STLA One, probablement avec une forte proximité technique avec la future Peugeot 308.



Mais il reste une inconnue : le segment D. Car les nouvelles Giulia et Stelvio que l’on attendait sur la plateforme STLA Large ont été annulées. À la place, nous savons simplement qu’un nouveau modèle de segment D est à l’étude pour une arrivée d’ici 2030. Alors, que peut réellement proposer Alfa Romeo ?
Un SUV paraît difficile à imaginer
Selon nous, ce mystérieux modèle a peu de chances d’être un SUV. Si le futur Tonale atteint presque les dimensions de l’actuel Stelvio, quel intérêt aurait Alfa Romeo à développer, pour l’Europe, un véhicule encore plus imposant ? Un équivalent Alfa Romeo du BMW X5, probablement vendu autour de 80 000 euros ou davantage, semble difficilement compatible avec les volumes actuels de la marque et ses nouvelles ambitions plus raisonnables.
Il resterait alors deux grandes possibilités : une berline ou un coupé. Dans les deux cas, Alfa Romeo pourrait en faire une sorte de « halo car », un modèle placé au sommet de sa gamme et destiné autant à travailler l’image de la marque qu’à générer du volume. Mais nous connaissons Stellantis : pour rendre un tel projet viable, il faut mutualiser.
Dodge, Peugeot… ou Maserati ?
Une première piste nous emmène aux États-Unis. La nouvelle Dodge Charger repose sur STLA Large et existe en berline comme en coupé, avec une longueur proche de cinq mètres. Techniquement, imaginer une Alfa Romeo utilisant cette base n’a donc rien d’impossible. Mais elle risquerait alors de devenir l’unique voiture européenne du groupe utilisant STLA Large, ce qui affaiblit sérieusement cette hypothèse.

Deuxième possibilité : Peugeot. Sept nouveautés sont attendues chez le constructeur français d’ici 2030, dont deux modèles sur le segment D. Parmi eux figure notamment un « shooting brake » qui utiliserait une plateforme Dongfeng. Là encore, les synergies seraient possibles. Reste à imaginer comment Alfa Romeo pourrait faire accepter à ses clients un haut de gamme italien dérivé d’une Peugeot et reposant sur une architecture d’origine chinoise. L’équation marketing serait délicate.

Et puis il y a Maserati. C’est probablement la piste la plus naturelle géographiquement et industriellement. Alfa Romeo et Maserati ont le même CEO et les deux marques partagent surtout l’usine de Cassino, aujourd’hui largement sous-utilisée. Une future grande Alfa Romeo développée parallèlement à une Maserati aurait donc une certaine logique.

Le problème, c’est que l’avenir de Maserati reste lui-même particulièrement flou. La marque cherche un partenaire industriel et son nouveau plan produit doit être présenté d’ici la fin de l’année 2026. Difficile, dans ces conditions, de construire aujourd’hui des certitudes autour d’un rapprochement entre les deux marques.
Le grand mystère Alfa Romeo d’ici 2030
Alors, quelle Alfa Romeo de segment D verra réellement le jour ? Pour l’instant, il n’existe aucune réponse évidente. La solution peut venir des États-Unis avec Dodge et STLA Large, de France avec Peugeot, ou d’Italie avec Maserati. Berline, coupé, shooting brake ? Tout reste ouvert.
Une chose paraît en revanche beaucoup plus claire : avant l’arrivée éventuelle de cette Alfa Romeo haut de gamme, la marque devrait fonctionner avec trois modèles reposant sur trois architectures différentes : le Junior sur eCMP, le futur Tonale sur STLA Medium et la nouvelle Giulietta sur STLA One.
Après avoir rêvé de 400 000 voitures par an, Alfa Romeo semble donc avoir changé de philosophie. La question n’est peut-être plus de savoir comment remplir tous les segments, mais de trouver le bon modèle, au bon prix et avec les bonnes synergies. Et sur le segment D, cette équation est encore loin d’être résolue.