
La Lancia Delta S4 était la quintessence des bolides du Groupe B : radicale, bestiale, sauvage, surpuissante. Lancée fin 1985, victorieuse au Monte-Carlo 86, nouvelle reine proclamée du Groupe B, elle en est aussi le fossoyeur : la mort de Henri Toivonen et Sergio Cresto, au tour de Corse 1986, contribue à sceller le sort de la catégorie, devenue trop dangereuse.
Un coup de foudre
Bruno Ianniello est un industriel de 60 ans qui court en course de côte et en rallye depuis plus de trente ans. La carrière en compétition de «Bruno la Fusée» ou “Speedmaster” – oui, c’est son surnom ! – a débuté modestement en 1993 avec une Fiat 128. A la fin des années 90, il découvre la Lancia Delta S4 Stradale, soit la version de route de la S4, et le coup de foudre est total : « A cette époque-là, je possédais déjà une Lancia 037, la devancière de la Delta. Je suis instantanément tombé amoureux de la Delta S4. Je ne prétends pas que c’est la plus belle auto du monde. C’est plutôt sa technique avec moteur central qui me fascine.»
Ianniello se lance alors dans la construction de sa propre S4 transformé en Groupe B. Il se rend régulièrement en Italie pour se procurer des pièces. Il amène le moteur chez les spécialistes qui avaient travaillé sur les moteurs de course et achète une boîte de vitesses course. Avec sa Delta S4, il pensait battre tout et tout le monde à plate couture, s’était-il imaginé… mais il n’arrive pas à maîtriser les 500 ch de la bête au début. «Il m’a d’abord fallu apprendre à conduire et à maîtriser la voiture, raison pour laquelle j’ai disputé des slaloms et de petites courses sur circuit dans des zones industrielles en Italie »
La caverne de Delta baba !
Abarth devait produire initialement 200 exemplaires de la Delta S4 Stradale, comme le stipulait l’homologation Groupe B, mais l’arrêt prématuré de la catégorie fait que moins de 50 exemplaires furent produits. Lancia a ensuite mis au rebut la plupart des pièces. Celles-ci ont changé de mains à plusieurs reprises avant l’essentiel du stock ne se retrouve chez la société italienne Gianetti LM, qui, pour l’anecote, a participé à la conception de la Laffite LM !
Alors qu’il était dans les environs de Turin pour parfaire son pilotage et accompagner un ami en quête, lui aussi, d’une S4, Bruno Ianniello entre en contact par le plus grand des hasards avec l’entreprise Gianetti LM. Un de ses amis lui fait une offre : racheter toutes les pièces pour lui. Lanniello lui construirait alors sa S4 et garderait les pièces restantes pour lui. Le stock de pièces récupéré chez LM Gianetti remplit alors l’équivalent de deux semi-remorques Dans son entrepôt, Ianniello va disposer de suffisamment de pièces détachées pour entretenir et réparer plusieurs fois sa voiture. Au fil des ans, il aura assemblé pas moins de quatre Lancia Delta S4, plus une cinquième pour un client.



Le succès arrive
Au bout de quelques années, les résultats ont commencé à tomber. Entre 2003 et 2006, il gagne à trois reprises la Coupe de Suisse de la Montagne puis, en 2008 et 2009, empoche les titres au Championnat de Suisse des Voitures de tourisme. Aujourd’hui encore, dit-il, «ma Delta est, départ arrêté, l’une des voitures les plus rapides en côte et ce, sans contrôle de motricité, commande séquentielle et autres fioritures de ce genre.»



Depuis 2010, il a tenté à plusieurs reprises de remporter la première place du Groupe E1, terminant 2nd à trois reprises et 3e à deux reprises. Il a également connu le succès à l’étranger : en Autriche, il a remporté plusieurs victoires dans la catégorie des voitures à toit à Rechberg, devançant des concurrents tels que Herbert Pregartner, Günther Gabat et Felix Pailer. En championnat d’Allemagne, il a particulièrement brillé lors de la saison 1998, battant en duel des pointures comme Georg Plasa. Il a aussi engagé des Delta S4 dans de nombreux rallyes historiques.
Une puissance incontrôlable
Pour Ianniello, de meilleurs résultats auraient été possibles mais l’argent a tout simplement manqué, pour des pneus plus performants ou encore pour engager des mécaniciens capables de mieux régler la voiture par exemple. Depuis les années 90, il n’a pratiquement pas modifié sa Lancia Delta S4 Groupe B : « Sur cette auto, toutes les pièces sont d’origine. J’ai uniquement remplacé les amortisseurs contre des pièces plus modernes de chez KW. Et encore, je l’ai fait pour des motifs de sécurité. » La puissance de base de sa préparation est de 650 ch avec une pression de turbo à 1.5 bar. Il estime qu’avec une pression à 2.5 bars, une bonne essence et une gestion moteur moderne, on peut facilement grimper à 900 ch. Il a déjà testé une variante à plus de 730 ch et 690 Nm mais l’a estimée inconduisible et trop puissante, préférant rester sur des valeurs plus “normales”. Tout est relatif…
Ianniello espère que d’autres monstres du groupe B, comme la Peugeot 205 T16, puisse rejoindre plus souvent les courses de côte. C’est vraiment dommage, à ses yeux, que ces monstres soient endormis. En tous cas, il estime que lui et sa Delta S4 sont inséparables.

