
Machine à gagner inépuisable dans le championnat du monde des rallyes entre 1987 et 1992, la Lancia Delta a connu ensuite une seconde carrière de haute volée en course de côte. Nous avons déjà évoqué ici d’autres Delta diaboliques, comme celle de Milan Bubnic, mais celle de Nobert Handa valait le détour : elle avait su, malgré sa puissance hors normes, conserver un look assez respectueux de la Delta d’origine !
L’Evolution 3, un rêve inachevé
Pilote allemand spécialisé en course de côte, Nobert Handa fut actif pendant plus de 40 ans, avec une longue carrière en championnat allemand. Sa particularité ? Avoir toujours couru avec des voitures italiennes ! Après avoir commencé au tournant des années 70/80 sur des Fiat 124 et Fiat Ritmo, il passe à la Delta dès 1989. Il fut bien classé à plusieurs reprises, décrochant les titres en catégorie tourisme en 2002 et 2010.

Aux alentours de 2009, après avoir écumé les courses sur des Delta HF Intégrale “classiques”, Handa bascule sur la catégorie E1 où l’on peut laisser libre cours à son imagination et développer des silhouettes débridées. C’est ainsi que naît la Lancia Delta Integrale “Evolution 3”, qui n’a jamais vu réellement le jour. La première évolution de la Delta était sortie en 1991, suivi en 1993 de l’évolution 2. Mais les générations suivantes du modèle n’auront pas le même succès ni la même sportivité…
Montée en puissance
La Delta Evo 3 de Handa ressemblait encore beaucoup au modèle de série avec une carrosserie quasi d’origine, mais les premières modifications arrivent dès 2011, avec un turbo plus gros qui fait monter la puissance à environ 400 ch, tandis que l’allègement intérieur est mis en œuvre. La transformation majeure survient en 2013 vers une configuration très radicale: on implante un turbo haute pression qui booste la voiture à 550 ch, tandis que l’aérodynamique évolue sensiblement avec un gros aileron arrière, un élargissement massif, une rigidité accrue du châssis et des suspensions beaucoup plus dures.



La puissance monte progressivement, d’année en année, à 650 ch en fonction de la fiabilisation. L’optimisation finale est obtenue en 2017, avec des réglages de suspensions selon tracé, une meilleure répartition du couple et une aéro peaufinée qui voit l’arrivée d’un splitter avant. Avec un rapport poids/puissance de 1,45 kg/ch (940 kg à vide, 650 ch), la Delta bleue et blanche était une vraie catapulte.
Une victoire pour conclure, puis la relève
Avec le temps qui passait et l’âge venant, il était difficile de tout mener de front. Le talentueux mécanicien et concepteur a stoppé à 68 ans, en 2018. Depuis la fin de la saison 2017, il s’étaitt rendu en Thuringe, à deux reprises à Parme en Italie et trois fois à Zagreb en Croatie, uniquement pour réviser le moteur, réparer la boîte de vitesses et remettre à neuf la carrosserie de sa Lancia Delta Integrale HF une semaine avant le début de la saison.
Ces voyages éprouvants ont fini par peser sur le pilote chevronné, qui avait de plus en plus de mal à maintenir un niveau de pilotage constant à la limite. « Je ne peux pas simplement monter dans la voiture et piloter comme Vettel ; je dois tout faire moi-même – en tant que mécanicien, organisateur ou manager”.

Norbert Handa a pu partir en beauté, gagnant sa catégorie en 2018 lors de son ultime course à son volant. Fort de sa victoire au classement général des voitures de tourisme à la course de côte d’Eichenbühl, Norbert Handa a donc tiré sa révérence à la compétition après 42 ans de carrière, un véritable record. Sa Lancia Delta Integrale bleue et blanche est sans conteste l’une des voitures de course de côte les plus célèbres et les plus redoutables jamais vues. Christian Handa a pris la relève. Mais s’il pilote une Lancia Delta Integrale HF, ce n’est pas celle de son père, mais une version Evo quasi-de série, qui dispose tout de même de 300 ch.

