
L’équipe championne en titre se montre prudente en vue de la première manche du Championnat du monde d’endurance.
C’est la malédiction du vainqueur. Titré l’an dernier en championnat du monde d’endurance (WEC) et triple lauréat des 24 Heures du Mans, Ferrari est l’objet de toutes les attentions à l’orée de la saison 2026.
« Nous ne sommes pas favoris », balaye Miguel Molina, pilote de la 499P n°50, à quelques heures des qualifications des 6 Heures d’Imola, manche d’ouverture de la campagne. Le patron du programme, Antonello Coletta est moins tranché : « Je ne sais pas si nous sommes favoris, nous sommes convaincus que cette saison est une remise à zéro des compteurs pour tout le monde ».
Les indicateurs sont pourtant au vert après les premiers essais. Les Ferrari occupaient les trois premières places du Prologue, journée de test réunissant tous les concurrents, organisée ce mardi. On pouvait lire le même résultat sur les écrans du circuit à l’occasion de la séance d’essais libres vendredi matin. « Nous
avons fait des simulations de qualifications », tempère Ferdinando Cannizzo, le directeur technique de l’équipe. Les trois voitures étaient moins nettement aux premières loges l’après-midi.
Voiture (presque) inchangée
On ne change pas une équipe qui gagne. Si elles arborent une nouvelle livrée, les 499P sont identiques à l’an passé. Ou presque. Comme toutes les Hypercars, la Ferrari a été réévaluée cet hiver dans la soufflerie de Windshear, aux Etats-Unis. L’équipe a opéré quelques menus ajustements en fonction de ces nouvelles mesures aérodynamiques prises par les organisateurs. « Mais en termes de conduite, la voiture est
presque identique à l’an dernier », confirme Alessandro Pier Guidi. « Les corrélations avec ce que nous avions vu sur le simulateur sont bonnes », ajoute Ferdinando Cannizzo, l’ingénieur en chef.
Dans l’intervalle, BMW, Cadillac ou Toyota ont porté de plus grosses évolutions à leurs voitures. Rouler avec une 499P bien connue sera-t-il un avantage en ce début de saison ? « S’ils ont fait des changements, c’est logiquement pour corriger un point faible, sourit Alessandro Pier Guidi. Je m’attends donc à une concurrence plus forte ».
Premiers indices positifs
Après l’annulation de la manche d’ouverture au Qatar mi-mars, Ferrari a répété ses gammes sur le circuit romagnol. C’était lors d’une séance d’essais à huis-clos, il y a deux semaines. « Cela explique aussi en partie pourquoi nous avons été véloces lors du Prologue », explique Alessandro Pier Guidi. L’an passé, la n°51 l’avait emporté sur ce tracé. « Notre 499P est à l’aise sur les vibreurs, précise Alessandro Pier Guidi, les
bosses nous vont bien. Je pense que c’est la principale explication… Même si je n’ai jamais piloté les autres
voitures ». « Cela nous fait plaisir d’être aux avant-postes, mais ce qui compte, c’est le résultat de dimanche », modère tout de même Antonello Coletta.

Gommes neuves
Car des inconnues demeurent. Ferrari doit par exemple s’adapter à la nouvelle gamme pneumatique fournie par Michelin. « Le nouveau pneu est meilleur en termes de mise en température, précise Alessandro Pier Guidi, pilote de la n°51. Mais nous devons encore en savoir davantage parce que nous n’avons pas fait beaucoup de kilomètres avec les nouveaux composés ». « La nouvelle gamme va fonctionner différemment, décrypte Pierre Alves, responsable de l’endurance chez Michelin Motorsport. Lors de récents essais, on a vu le pneu soft fonctionner jusqu’à des températures de piste de 25 à 27°C. Il va devenir un vrai choix en course, là où le medium était jusqu’ici le choix par défaut des équipes ».
Des erreurs à éviter
Voilà qui pourrait ouvrir le jeu des stratégies pendant toute la saison. Depuis le début du programme Hypercar, la transformation de la vitesse pure de la 499P en résultat positif à l’arrivée n’a pas toujours été facile. Cela s’estnotamment vu sur ce tracé d’Imola.
Il y a deux ans, l’équipe Ferrari AF Corse avait commis des impairs sur ses choix de pneumatiques sous une averse. L’an passé, Antonio Fuoco avait vu ses meilleurs tours en qualification annulés pour avoir trop mordu sur les bordures. La deuxième voiture officielle, la n°50, avait été repoussée à la dernière place sur la grille de départ. Après un départ en dernière position, son pilote, Nicklas Nielsen, avait été contraint à multiplier les dépassements en début de course pour remonter dans le peloton.
« Vu de l’extérieur cela avait l’air facile, mais il est très difficile de doubler à Imola. Dans le virage 1, un adversaire peut facilement relâcher les freins et bloquer le passage… J’aimerais bien ne pas avoir à faire la même chose cette année ».
« Il y a encore des petites choses que nous aurions pu faire autrement, notamment dans la chaîne de décision, nous expliquait cet hiver Antonello Coletta, le patron du programme endurance de Ferrari. Il s’agit d’être plus rapide lorsque la voiture de sécurité entre en piste et que l’on a cinq secondes pour décider d’une stratégie qui change toutes les projections pour les heures suivantes ». La vitesse en piste n’est pas la seule qui compte.
Silence sur la balance de performance
L’Automobile club de l’Ouest (ACO) et la Fédération internationale de l’automobile (FIA) ont choisi de ne plus
donner d’information sur la balance de performance (BoP), chargée d’équilibrer le potentiel des voitures de la catégorie Hypercar.Masses, quantités d’énergie disponibles et puissances corrigées ne seront plus publiées avant les manches. « Le potentiel de performance des voitures est réévalué à partir des données issues des courses précédentes les plus représentatives », précisent les organisateurs dans un communiqué.
