
Acheter une Ferrari pour le prix d’une citadine neuve, forcément, l’histoire avait tout du bon plan. Une Ferrari 612 Scaglietti, V12 à l’avant, badge mythique sur le capot, quatre places, 540 ch, et un prix annoncé autour de 20 000 €. Sur le papier, difficile de faire plus tentant. Sauf qu’avec une Ferrari abandonnée plusieurs années, le vrai prix n’est jamais celui affiché au départ.
Cette 612 Scaglietti arrive comme une sortie de grange. Le propriétaire ne l’a pas encore essayée, ne l’a presque pas inspectée, et sait seulement une chose : elle démarre. Pour une Ferrari vendue à ce tarif, c’est déjà rassurant… mais loin d’être suffisant.
Une Ferrari 612 Scaglietti à 20 000 €, mais avec beaucoup d’inconnues
La voiture affiche environ 90 000 km, ce qui n’est pas forcément inquiétant pour une grande GT équipée d’un V12. Le problème vient surtout de son immobilisation prolongée. Pneus secs, freins oxydés, entretien ancien, carrosserie fatiguée : dès les premières minutes, la liste des défauts commence à s’allonger.


Au démarrage, le V12 se réveille sans difficulté. Bonne nouvelle. Mais le tableau de bord affiche déjà plusieurs alertes : défaillance TPMS, airbag, système de surveillance inactif. Rien d’étonnant sur une voiture restée longtemps sans rouler, mais cela confirme que cette Ferrari n’a rien d’un simple achat plaisir prêt à prendre la route.


L’essai routier apporte malgré tout une première surprise positive. La boîte F1 passe les rapports, le moteur prend ses tours, les températures restent stables et la pression d’huile semble correcte. La base mécanique paraît saine. Mais très vite, d’autres bruits apparaissent : claquements dans le train arrière, freinage très faible. La voiture roule, oui, mais elle demande une vraie remise en état.
Le vrai diagnostic commence
Une fois la Ferrari levée, le constat devient plus précis. Le dessous de caisse n’est pas catastrophique. La ligne d’échappement est propre, le moteur ne semble pas particulièrement gras, et la voiture ne paraît pas avoir été massacrée. Mais les trains roulants racontent une autre histoire.



Les rotules présentent du jeu, les silentblocs sont fatigués, les disques et plaquettes sont à remplacer, les pneus sont bons pour la poubelle et les amortisseurs méritent aussi une vérification sérieuse. Le bruit inquiétant entendu à l’essai ne viendrait finalement pas de la boîte, ce qui est une excellente nouvelle, mais plutôt d’éléments de suspension et de train arrière usés. Sur une une voiture d’une autre marque, ce type de réparation peut rester raisonnable. Sur une Ferrari, tout change. Les rotules, les bras, les silentblocs et les pièces spécifiques font très vite grimper la facture.
La mauvaise surprise de la carrosserie
La mécanique n’est pas le seul poste de dépense. En inspectant la carrosserie, une autre découverte tombe : la voiture aurait été jaune à l’origine avant d’être repeinte. À plusieurs endroits, la peinture laisse apparaître des traces de l’ancienne teinte, avec une préparation visiblement imparfaite. Le montant de pare-brise est particulièrement touché par l’oxydation de l’aluminium. Le pare-brise est fissuré dans un coin, possiblement à cause des contraintes ou de la corrosion sous-jacente. Résultat : il faudra déposer le pare-brise, traiter correctement la zone, reprendre la peinture, puis reposer un vitrage neuf.

Distribution, freins, jantes, sellerie : la facture explose
L’entretien moteur réserve aussi son lot de dépenses. La dernière vidange visible daterait de 2016, soit près de dix ans de retard. Sur une Ferrari V12, cela impose une grosse révision : huile moteur, filtres, liquide de refroidissement, liquide de frein, bougies, filtres à air, filtre à pollen, vidange de boîte et contrôle complet. La distribution est également à faire. Sur cette 612 Scaglietti, le V12 utilise une courroie de distribution, un élément essentiel à remplacer dans les règles de l’art. Le kit en lui-même n’est pas le poste le plus cher, mais la main-d’œuvre et les éléments associés font vite monter le budget.

Les étriers seront aussi démontés et refaits, avec peinture, joints et pistons neufs. Les jantes, oxydées et abîmées, partiront en rénovation. L’intérieur aura droit à un passage chez le sellier pour reprendre certains éléments fatigués. Au final, le devis estimé atteint environ 17 500 € de remise en état. Pour une voiture achetée autour de 20 000 €, cela signifie que cette Ferrari 612 Scaglietti reviendra à près de 40 000 € une fois terminée.
Une mauvaise affaire ? Pas forcément
À première vue, dépenser presque autant en réparations qu’en achat peut sembler décourageant. Pourtant, dans ce cas précis, l’opération reste potentiellement intéressante. Une Ferrari 612 Scaglietti en bon état se négocie plutôt autour de 70 000 à 80 000 €. Même avec 17 500 € de travaux, la voiture resterait donc bien placée financièrement. Autre élément important : l’embrayage et le volant moteur auraient seulement 1 000 km. Une très bonne nouvelle, car ce poste peut représenter environ 15 000 € sur ce type de Ferrari.
Cette 612 n’est donc pas une épave, mais une Ferrari qui a besoin d’être reprise sérieusement. Elle démarre, roule, son V12 semble sain, et les plus gros risques mécaniques semblent pour l’instant écartés. Reste une longue remise à niveau pour lui redonner son standing.

Cette histoire rappelle une règle simple : une Ferrari bon marché n’est jamais vraiment bon marché. Le prix d’achat peut faire rêver, mais l’entretien, les pièces et la main-d’œuvre restent ceux d’une voiture d’exception. Acheter une 612 Scaglietti à 20 000 € peut donc être une très belle opportunité, à condition d’avoir les moyens, les contacts et les compétences pour la remettre en état. Dans le cas contraire, le rêve V12 peut rapidement se transformer en piège financier.
Ici, le pari reste séduisant : sauver une Ferrari oubliée, lui refaire une santé, corriger les erreurs du passé et redonner toute sa noblesse à cette grande GT italienne.
