
Quand on fait partie des clients les plus importants de Ferrari, peut-on encore dire à Maranello qu’une voiture ne nous plaît pas ? La question paraît presque anodine. La réponse de David Lee, l’un des collectionneurs de Ferrari les plus connus au monde, en dit pourtant beaucoup sur la relation très particulière que la marque entretient avec ses meilleurs clients.
David Lee n’est pas exactement un client Ferrari ordinaire. Collectionneur depuis des décennies, il explique avoir acheté plus de 50 Ferrari directement auprès de la marque. Son garage accueille aujourd’hui quelques-uns des modèles les plus recherchés de Maranello, de la 288 GTO à la LaFerrari, sans oublier une 250 GTO acquise pour près de 40 millions de dollars. Il attend également une F80 en carbone apparent, une configuration que Ferrari réserve à une poignée de clients.

Dans une récente interview accordée au podcast Road To Success, la conversation finit pourtant par arriver sur un terrain plus délicat : la Ferrari Luce.
« Beaucoup de clients Ferrari ont peur de le dire »
David Lee ne cache pas que la Ferrari Luce divise les amateurs traditionnels de Ferrari. D’après les discussions qu’il dit avoir eues avec des dirigeants de la marque, Ferrari savait d’ailleurs que cette voiture ne s’adressait pas nécessairement à sa clientèle historique. L’objectif aurait été d’aller chercher un public différent, notamment plus proche de l’univers technologique. David Lee se montre compréhensif sur la prise de risque industrielle, mais ne se transforme pas pour autant en défenseur systématique de Maranello. Il estime notamment que Ferrari aurait peut-être pu davantage consulter ses clients pendant le développement.

C’est alors que l’intervieweur lui pose directement la question : lorsqu’on est l’un des plus importants collectionneurs Ferrari, a-t-on réellement le droit de dire à la marque qu’on n’aime pas l’une de ses voitures ? La réponse est particulièrement intéressante.

« Beaucoup de clients Ferrari ont peur de le dire », reconnaît en substance David Lee. Lui assure qu’il n’hésiterait pas à signaler qu’un produit n’est « pas bon » s’il le pense réellement. Mais cette liberté de parole semble avoir été gagnée avec le temps : il rappelle qu’il entretient une relation avec Ferrari depuis environ 30 ans et évoque le rapport et la confiance construits avec la marque. Surtout, il insiste sur l’intention derrière la critique. Il ne s’agit pas, selon lui, de critiquer Ferrari pour le plaisir, mais de donner un avis sincère parce qu’il souhaite voir la marque réussir.
Chez Ferrari, la relation compte presque autant que le compte en banque
Cette petite confidence prend une autre dimension lorsqu’on connaît le fonctionnement décrit par ce collectionneur. Car chez Ferrari, disposer de dizaines de millions de dollars ne suffit pas nécessairement pour obtenir les modèles les plus exclusifs.
Le collectionneur raconte qu’en 2017, malgré une collection déjà impressionnante, son profil n’était pas encore suffisamment établi pour qu’une LaFerrari neuve lui soit proposée. Pour progresser dans la hiérarchie, il fallait acheter, participer à l’univers Ferrari et soutenir également des modèles moins convoités. Après trois décennies et plus de 50 achats, la situation est évidemment différente.
Chez Ferrari, dire « je n’aime pas cette voiture » semble parfaitement possible. Mais tous les « je n’aime pas » n’ont peut-être pas exactement le même poids. David Lee, lui, estime avoir acquis le droit d’être franc.
