
Le 30 octobre prochain, une page de l’histoire automobile européenne se tournera définitivement. Stellantis mettra un terme à l’activité de son usine de Douvrin, dans le Pas-de-Calais, un site industriel qui aura produit des dizaines de millions de moteurs depuis son inauguration en 1969 sous le nom de Française de Mécanique.
Ces dernières années, Douvrin était surtout connue pour assembler les moteurs 1.2 PureTech, mais aussi les 1.5 BlueHDi et, auparavant, les 1.6 THP. Le dernier moteur thermique à sortir des chaînes sera d’ailleurs un 1.2 PureTech (renommé Turbo 100), avant l’arrêt définitif de la production puis la fermeture du site à l’automne. À son apogée, l’usine employait près de 5.800 personnes. Il n’en reste aujourd’hui qu’une centaine, tandis qu’une partie des salariés a été transférée vers la gigafactory ACC voisine, dédiée aux batteries.
Bien avant le PureTech, le royaume du V6 PRV
Réduire Douvrin au seul PureTech serait pourtant oublier un héritage exceptionnel. En plus de cinquante ans d’existence, le site a fabriqué plus de 40 millions de moteurs, parmi lesquels les moteurs X des Peugeot 104 et 205, les moteurs D des Renault Clio et Twingo, mais surtout le mythique V6 PRV, développé conjointement par Peugeot, Renault et Volvo.

C’est ce moteur qui a propulsé la légendaire DeLorean DMC-12, immortalisée par la trilogie Retour vers le futur. Longtemps critiqué pour son manque de caractère dans sa version de série, le PRV connaîtra pourtant une carrière étonnamment riche, sous des formes très différentes selon les préparateurs et les constructeurs.
Quand un moteur français s’est retrouvé dans une Alfa Romeo de course
L’une des histoires les plus improbables de ce V6 mène directement chez Alfa Romeo. En 1996, pour faire évoluer la spectaculaire 155 V6 TI engagée en DTM et en ITC, Alfa Romeo avait besoin d’un V6 à 90°, conformément au règlement technique. Or, dans sa gamme, la marque ne disposait pas d’un moteur de grande série répondant réellement à cette architecture.
La solution est venue… de la Lancia Thema. La grande berline italienne utilisait en effet le V6 PRV, produit à Douvrin. Depuis le rachat d’Alfa Romeo par Fiat en 1986, les liens industriels entre Alfa et Lancia permettaient d’utiliser ce moteur comme base d’homologation. Les ingénieurs d’Alfa Corse développèrent alors un V6 de compétition entièrement revu, dont ne subsistaient finalement que l’angle entre les rangées de cylindres et leur entraxe, comme l’autorisait le règlement.



Officiellement, Alfa Romeo resta très discrète sur cette origine française. Il était plus valorisant de laisser penser que le moteur était entièrement « maison » que de reconnaître qu’il descendait d’un moteur conçu par Peugeot, Renault et Volvo. Nous y avions dédié un article ici.
La fin d’un symbole industriel
La fermeture de Douvrin illustre parfaitement la transformation de l’industrie automobile européenne. Après avoir produit certains des moteurs thermiques les plus connus du continent, des moteurs Renault aux PureTech de Stellantis en passant par le V6 PRV, l’usine s’efface au profit de la production de batteries destinée aux véhicules électriques. Avec elle disparaît un site qui aura alimenté aussi bien les citadines populaires que des voitures devenues cultes… et même, de façon totalement inattendue, l’une des Alfa Romeo de compétition les plus fascinantes de l’histoire.
