
Après avoir fait venir des centaines de spécialistes chinois en Espagne, Stellantis et CATL organisent désormais le mouvement inverse. Les premiers salariés espagnols de la future gigafactory de batteries de Figueruelas ont été envoyés en Chine pour apprendre à fabriquer des batteries électriques. Une étape importante pour ce projet industriel de 4,1 milliards d’euros, qui révèle aussi une réalité : certaines compétences indispensables à la fabrication des batteries LFP sont encore très rares en Europe.
Après les travailleurs chinois en Espagne, les Espagnols partent en Chine
Nous vous en parlions en juin dernier : la construction de la future usine de batteries de Stellantis et CATL, près de Saragosse, devait mobiliser jusqu’à 2 000 travailleurs chinois. Fin juillet, nous apprenions que 172 spécialistes chinois étaient déjà présents sur le chantier, avec un effectif qui devait progressivement atteindre 1 700 personnes lors des phases les plus techniques.
Aujourd’hui, c’est dans l’autre sens que les échanges s’organisent. La coentreprise Contemporary Star Energy (CSE), détenue à parts égales par Stellantis et CATL, vient de confirmer que ses premiers salariés recrutés localement se trouvent désormais en Chine. Plus précisément, ces professionnels ont rejoint les installations industrielles de CATL à Xiamen, dans le sud-est du pays. Leur mission ? Apprendre directement auprès des équipes chinoises comment fabriquer les cellules et les modules de batteries qui sortiront, dans quelques mois, de la future usine espagnole.
Annoncé début septembre, ce programme de formation est désormais entré dans sa phase pratique. Après une période de découverte des installations, les équipes de production et de maintenance travaillent maintenant directement sur les lignes industrielles, aux côtés des salariés de CATL.
Un savoir-faire qui n’existe presque pas en Europe
Ce déplacement en Chine n’est pas un simple voyage de formation. Il répond à un problème industriel bien réel : l’Europe manque encore de personnel expérimenté dans certains procédés de fabrication des batteries lithium-fer-phosphate (LFP). Dès septembre, Paula Marín, directrice des ressources humaines de Contemporary Star Energy, expliquait que le principal défi n’était pas seulement d’attirer des talents, mais aussi de développer des compétences « qui n’existent aujourd’hui pratiquement pas en Europe ».
La fabrication des cellules LFP nécessite en effet une maîtrise de plusieurs étapes particulièrement techniques, notamment la production des électrodes, l’assemblage des cellules et leur formation, une opération indispensable pour préparer les batteries à leur utilisation. Or, ces compétences ne s’acquièrent pas uniquement dans une salle de formation. Elles nécessitent une expérience concrète sur des lignes de production fonctionnant à grande échelle. C’est précisément ce que CATL peut proposer dans ses usines chinoises, où cette technologie est déjà largement industrialisée. Pour Stellantis, le transfert de compétences passe donc directement par la Chine, avant de pouvoir être reproduit en Espagne.
Ces premiers salariés devront ensuite former leurs collègues espagnols
L’objectif ne consiste évidemment pas à envoyer les quelque 4 000 futurs salariés de la gigafactory en Chine. Les premiers professionnels actuellement en formation auront une seconde mission à leur retour à Figueruelas : transmettre à leur tour les connaissances acquises aux nouvelles recrues espagnoles.
Contemporary Star Energy souhaite ainsi constituer progressivement ses propres équipes de production et de maintenance, capables de faire fonctionner l’usine sans dépendre durablement des spécialistes envoyés par CATL. Dans son communiqué du 22 octobre, la coentreprise précise également que cette immersion comprend des activités culturelles communes, destinées à renforcer les relations entre les équipes chinoises et espagnoles.
En parallèle, les recrutements se poursuivent déjà en Espagne. Contemporary Star Energy affiche notamment des offres pour des ingénieurs de maintenance, des responsables qualité, des spécialistes de la formation, de la conformité ou encore de la prévention des risques. Des postes administratifs, informatiques et financiers sont également proposés à Saragosse et Figueruelas. Le projet ne se limite donc plus à la construction des bâtiments : l’organisation de la future usine commence elle aussi à prendre forme.
Une usine à 4,1 milliards d’euros stratégique pour les futures Fiat électriques
Pour rappel, la gigafactory de Figueruelas représente un investissement annoncé de 4,1 milliards d’euros, avec une capacité de production pouvant atteindre 50 GWh par an. L’installation doit devenir l’un des principaux centres européens de fabrication de batteries LFP, une technologie moins coûteuse que les batteries NMC, particulièrement intéressante pour réduire le prix des voitures électriques.
Pour Stellantis, les enjeux sont considérables. Cette usine doit notamment fournir les batteries destinées à la future évolution de la Fiat 500 électrique, attendue en 2027, mais également alimenter d’autres modèles électriques du groupe. Le calendrier reste toutefois serré. Alors que les premières activités étaient initialement envisagées pour la fin 2026, le démarrage de la production de batteries a été repoussé aux premiers mois de 2027. D’ici là, les équipes formées en Chine devront revenir en Espagne, transmettre leurs connaissances et participer à la mise en service des installations.