
Il y a des voitures qui traversent les décennies grâce à leur fiche technique. Et puis il y a celles qui deviennent immortelles grâce au cinéma. La Lamborghini Countach blanche du Loup de Wall Street appartient à cette catégorie. Sauf que derrière la légende, il y a une histoire moins glamour. Une histoire de fierté, de menaces, d’enchères… et d’un vendeur qui, à force de vouloir le jackpot, a peut-être laissé filer sa meilleure chance.
Deux Countach
Il y a un point que beaucoup ignorent : The Wolf of Wall Street n’a pas utilisé une seule Countach, mais deux Countach 25th Anniversary. Deux voitures Lamborghini très proches, toutes deux en configuration américaine, toutes deux blanches, toutes deux liées à ce film devenu l’un des plus célèbres de Scorsese. L’une est restée “saine” : c’est celle qui apparaît dans des plans où l’on cherche une voiture parfaite. L’autre, au contraire, est devenue l’objet de la scène la plus folle : la Countach accidentée, conservée ensuite dans son état. Et c’est là que l’histoire devient intéressante : parce que la Countach “non accidentée” n’a pas été mise en vente par n’importe qui. Son propriétaire au moment de la vente, c’est John Temerian, CEO de We Are Curated, et c’est lui qui raconte la face cachée de cette saga.
Comment le film a volontairement “cassé” la Lamborghini Countach
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, la Lamborghini Countach accidentée du Loup de Wall Street n’a pas été détruite par hasard sur le tournage. Martin Scorsese a exigé l’utilisation d’une véritable Countach, estimant qu’une réplique n’aurait pas produit des dégâts crédibles à l’écran. Lors des scènes de conduite chaotique, la voiture a bien subi de vrais chocs, encadrés par des cascadeurs professionnels. Mais ces cascades n’expliquaient pas à elles seules l’état extrêmement dégradé visible dans le film. Pour accentuer l’effet dramatique, l’équipe de production a ensuite ajouté volontairement des dommages. Après le tournage des scènes roulantes, la Countach a été placée sur un camion plateau, puis heurtée de manière contrôlée contre des objets fixes (poteaux, obstacles, éléments de décor). L’objectif n’était pas de détruire la voiture, mais de lui donner l’apparence accidentée que l’on connait dans le film.
John Temerian : “j’ai lavé cette Countach quand j’étais enfant”

Temerian explique que l’achat de cette Countach “Wolf of Wall Street” a été l’un des moments les plus excitants de sa carrière. Le châssis KLA12722 est bien l’un des deux exemplaires utilisés pour le film. Et selon lui, il aura fallu cinq ans de “chasse” pour réussir à l’acquérir, la documenter et raconter son histoire proprement. Durant la recherche, Temerian découvre que son père avait entretenu cette voiture dans les années 1990… et lui, enfant, la lavait. L’ancien propriétaire, ancien client de son père, le recontacte même et lui envoie un document tout aussi intéressant : le contrat d’achat d’origine, daté de 1997, où la Countach était achetée 74 000 dollars.
Mise en vente de la Lamborghini non accidentée à New York chez RM Sotheby’s

La Countach “non accidentée” est mise aux enchères chez RM Sotheby’s à New York, pour une vente prévue en décembre 2023. L’annonce est construite comme un récit : voiture iconique, présence à l’écran, rareté du modèle, rôle dans le film. Lorsque la vente RM Sotheby’s prend de l’ampleur, Temerian raconte l’arrivée d’une mise en demeure et d’appels particulièrement agressifs. Le camp d’en face, ce sont les détenteurs de la Countach accidentée. Leur argument : parler trop fort de la Countach “saine” ferait du tort à la valeur de la voiture accidentée. Il tente une proposition : racheter la voiture, ou vendre les deux ensemble, créer un duo historique, un “package” parfait. Mais la discussion dégénère. Le ton monte.



Les propriétaires de la Countach accidentée font alors un choix surprenant : au lieu d’accompagner le récit américain à New York pour vendre les deux voitures en même temps, ils envoient leur voiture… à Abu Dhabi, chez Bonhams, fin novembre 2023, juste avant la vente de celle de New York, avec une estimation très haute.
Mise en vente de la Lamborghini accidentée à Abu Dhabi chez Bonhams

La vente de Bonhams a lieu sur un décor spectaculaire. L’annonce est grandiloquente : voiture “hero car”, accessoires, objets signés, costume de Jordan Belfort… Tout est fait pour transformer l’auto en relique de musée. Estimation : 1,5 à 2 millions de dollars..



Deux stratégies, deux destins
À quelques semaines d’intervalle, les deux Lamborghini du Loup de Wall Street ont donc suivi des trajectoires radicalement opposées. En novembre 2023, la Countach accidentée, pourtant la plus marquante à l’écran, s’est présentée aux enchères avec une estimation (trop) ambitieuse. Les enchérisseurs ont répondu présent, mais pas au niveau exigé. À 1,35 million de dollars, le vendeur a choisi de retenir la voiture, convaincu qu’elle valait davantage. Le marteau est tombé dans le vide. Un mois plus tard, à New York, la Countach non accidentée trouvait preneur pour 1 655 000 dollars chez RM Sotheby’s. Une vente nette, publique, documentée, qui a établi une référence claire pour ce type de voiture mêlant rareté, cinéma et histoire personnelle. Au final, le prix de 1,35 million de dollars était probablement le bon.
