
Il y a des voitures qui sentent le cuir neuf. D’autres l’histoire. Et puis il y a cette Lamborghini Diablo SV-R de 1996, qui sent les années 90, la gomme chaude… et l’essence sans filtre. Proposée aujourd’hui à la vente pour 650 000 £ au Royaume-Uni, cette Diablo pas comme les autres n’est pas une supercar transformée pour la piste. C’est l’inverse : une véritable voiture de course construite par Lamborghini elle-même, à une époque où la marque de Sant’Agata faisait ses premiers pas officiels en compétition moderne.
La première vraie Lamborghini de course moderne
Présentée en mars 1996 au Salon de Genève, la Diablo SV-R marque un tournant historique. C’est la première Lamborghini produite en série directement par l’usine pour courir dans un championnat monotype, le Super Sport Trophy, promu par Stéphane Ratel. La première manche se tient au Mans en juin 1996, en lever de rideau des 24 Heures. 28 voitures au départ, 28 à l’arrivée. Le ton est donné.

À partir de cette SV-R naîtra plus tard la GT-R, puis, des années après, toute la lignée des modèles de compétition modernes développés par Squadra Corse. D’une certaine manière, cette auto est l’ancêtre spirituelle des Huracán GT3, Temerario GT3 et des programmes endurance actuels. Produite à seulement 31 exemplaires (34 selon certains registres) la SV-R est aujourd’hui l’une des Lamborghini les plus importantes de l’ère moderne.
Une Diablo allégée, affûtée, radicalisée
Techniquement, la SV-R repose sur la Diablo SV routière à propulsion. On retrouve donc le V12 atmosphérique 5,7 litres, mais porté ici à environ 540 ch grâce à une évolution du système d’alimentation et au calage variable des soupapes. Le tout pour seulement 1 385 kg. À titre de comparaison, une SE30 affiche 1 450 kg pour 525 ch.


La boîte manuelle conserve son architecture, mais adopte des rapports plus courts. Les freins sont majorés (355 mm à l’avant, 335 mm à l’arrière), la suspension reçoit des combinés Koni (cet exemplaire étant aujourd’hui équipé d’Öhlins entièrement révisés) et l’aérodynamique est profondément revue : large spoiler avant, jupes latérales, diffuseur arrière, grand aileron (ici de type GTR).


L’intérieur n’a plus rien de civilisé. Arceau soudé, baquets OMP avec harnais, volant amovible, vitres en plexiglas coulissantes. Les phares escamotables disparaissent au profit d’écopes de refroidissement pour les freins. Même des vérins pneumatiques sont intégrés pour les arrêts au stand. On est loin d’une simple Lamborghini Diablo “préparée”.
Le châssis #08 : trois saisons pleines et un titre
L’exemplaire proposé à la vente est le châssis 08. Et il n’a pas été construit pour rester sous une housse. Engagée durant les trois saisons du Super Sport Trophy entre 1996 et 1998, cette voiture a notamment été utilisée par le champion 1997. Elle poursuivra ensuite sa carrière en championnat FFSA GT en France, puis dans diverses compétitions nationales aux États-Unis au début des années 2000.
Avec 16 000 miles au compteur, cette SV-R a vécu ce pour quoi elle a été conçue : courir. Elle n’est pas une relique oubliée dans un entrepôt, mais une authentique machine de compétition qui a traversé les décennies en restant active.

Arrivée au Royaume-Uni en 2017, elle change de mains en 2021 avant de bénéficier d’une restauration complète chez BBM Sport à Daventry. Plus de 150 000 £ sont investis dans une remise à nu, une peinture complète en métal nu, une révision mécanique approfondie et une refonte intérieure inspirée de la Diablo SE30 Jota. Le résultat est spectaculaire. La carrosserie est aujourd’hui protégée par un film PPF de qualité compétition. Elle a d’ailleurs repris la piste en juillet 2023 lors d’un événement privé, démontrant qu’elle n’a rien perdu de sa fougue, même sous la pluie.
Prête à courir… ou presque à rouler sur route
Fait rare : une grande partie des éléments d’origine retirés lors de la transformation de SV en SV-R accompagne la voiture. Des jantes supplémentaires sont également incluses pour un usage piste. Le vendeur précise qu’avec quelques modifications et un contrôle technique, elle pourrait même redevenir immatriculable au Royaume-Uni. C’est toute la magie de ces voitures de championnat monotype des années 90 : elles ont une vraie histoire, un vrai pedigree, et restent exploitables. Pas seulement exposables.
650 000 £ pour un morceau d’histoire
650 000 £ peuvent sembler vertigineux. Mais lorsqu’on observe les cotes actuelles des Diablo SV routières, souvent affichées au-delà de 500 000 €, l’écart pour une version bien plus rare, plus puissante, plus légère et dotée d’un passé en compétition devient presque cohérent.

Surtout, cette Diablo SV-R représente le point de départ de Lamborghini en tant que constructeur de voitures de course moderne. Elle incarne une époque où les supercars étaient encore analogiques et brutales. Une époque où un V12 atmosphérique chantait sans filtre, sans assistance électronique envahissante, sans compromis.
Oui, cette Lamborghini sent bon les années 90. Et surtout, elle sent l’essence.
