Agacé, le CEO de Fiat donne une leçon d’industrie automobile aux illustrateurs : « Dessiner une voiture est la partie la plus facile »

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Ces derniers jours, une illustration a circulé sur les réseaux sociaux, comme il en apparaît régulièrement dans les communautés automobiles. Mais celle-ci n’était pas anodine.

Le designer Antonino Barone a imaginé une réinterprétation moderne de la Fiat Ritmo, compacte emblématique lancée en 1978. Une voiture qui, à son époque, marquait l’entrée de Fiat dans l’ère moderne des tractions compactes : ligne audacieuse, pare-chocs intégrés, forte personnalité. Produite à plus de deux millions d’exemplaires en dix ans, elle passera ensuite le relais à la Fiat Tipo en 1988, refermant un chapitre important du segment C italien.

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Jusque-là, rien d’inhabituel : un exercice de style nostalgique, comme internet en regorge. Mais cette fois, la réaction ne venait pas des fans. Elle venait du CEO de Fiat lui-même.

« Dessiner une voiture – et le grand public ne le sait souvent pas – est la partie la plus facile.

Bien sûr, il existe du bon design et du moins bon. Mais dessiner une voiture “sortie de nulle part”, comme exercice, n’est pas le véritable défi.

Le vrai défi est ailleurs : comprendre si ce design peut réellement être réalisé.

  1. Sur quelle plateforme ?

Chaque voiture moderne naît sur une plateforme partagée. Ce n’est pas un compromis créatif : c’est la base du business case dans l’automobile. Cela vaut pour nous comme pour tous les autres groupes. Un projet n’est viable que s’il est soutenable, et aujourd’hui la soutenabilité industrielle passe par le partage des investissements.

Les haters diront : “Ah, mais ce sera une plateforme partagée avec d’autres marques de Stellantis”.
Bien sûr que oui. Et c’est normal.

La vraie question est : les proportions que nous voyons – largeur, porte-à-faux, habitabilité – sont-elles compatibles avec une plateforme réelle ?

Par exemple, la plateforme Smart Car, celle utilisée pour la Grande Panda. Et rappelons-le : ce n’est pas “une Citroën”. Elle a été développée ensemble, à quatre mains. Partager ne signifie pas copier.

Cela dit, en regardant certaines proportions du rendu, je ne suis pas certain que tout soit facilement réalisable sur cette base technique. Et c’est une question concrète, pas idéologique.

  1. Est-elle vendable aujourd’hui ?

La Ritmo originale était une compacte cinq portes. Aujourd’hui, le marché s’est énormément déplacé vers les SUV et les UV.

Il y a une énorme différence entre :
• “J’aime la regarder, conduite par d’autres”
et
• “Je l’achète pour moi, parce qu’elle répond à mes besoins”

Les besoins changent, les segments changent, les volumes changent : avant même le goût esthétique, il faut se demander si l’idée tient commercialement.

  1. Avec quelles motorisations ?

Le débat s’enflamme toujours : électrique, hybride, “rendez-nous le Multijet”…
Je comprends parfaitement. Moi aussi, cela me plairait.

Mais ce n’est pas un choix de marque. Et souvent, ce n’est même pas un choix de groupe : c’est un choix réglementaire, européen.

Avec le tout électrique en 2035 et un parcours très exigeant déjà d’ici 2030, imaginer un nouveau projet avec les motorisations et transmissions “que nous aimons encore, nous Italiens” est aujourd’hui totalement irréaliste.

Il existe un décalage entre ce que nous demande l’Europe et ce que nous aimons. Et sur ce point, nous en sommes tous “victimes”, constructeurs comme clients.

Conclusion

Ce sont les questions à se poser avant de commenter avec “magnifique” ou “Fiat n’est pas capable”.

Le design n’est que le début. La vraie voiture, c’est la faisabilité industrielle, la soutenabilité économique et la compatibilité réglementaire. Pas un simple rendu.

Dernière réflexion. Revenons au design.

Est-ce que j’aime cette nouvelle Ritmo ?

La réponse est simple : oui. Je la trouve très réussie. Bravo à Antonino et à Quattroruote pour une initiative qui maintient le débat vivant et stimule la vision.

Mais lorsqu’on ressuscite un design du passé, il n’y a qu’une seule vraie question à se poser : pourquoi ?

En réalité, il peut y avoir deux réponses.

  1. Ce design d’autrefois répond-il aux besoins d’aujourd’hui ?

Peut-être parce que l’histoire est cyclique. Ou parce que certains besoins fondamentaux sont universels et ne disparaissent jamais.

C’est pour cela que, par exemple, je suis convaincu qu’une interprétation contemporaine de la Panda de Giugiaro, dans ses dimensions et proportions originales de vraie citadine, aurait encore une force extraordinaire.

Ou encore l’exercice “Multipla” : la recherche radicale et intelligente de nouvelles solutions d’espace reste totalement actuelle.

Dans ce cas, on fait revenir un design parce que son “pourquoi” est toujours vivant. Parce qu’il répond à un besoin réel.

  1. Deuxième possibilité – et les deux ne s’excluent pas :

On fait revenir un design parce qu’il incarne profondément l’ADN de la marque.
Parce qu’il aide à en clarifier la perception.
Parce qu’il la définit.

L’exemple le plus évident est la 500. Depuis 2007, elle a redéfini la direction stylistique de la marque : petite, italienne, Dolce Vita. Non seulement une voiture, mais un manifeste. Une mobilité légère, positive, désirable dans le monde.

Ce sont les questions à se poser avant toute opération nostalgie.

Dans le cas de la Ritmo, je vous retourne la question :

Existe-t-il aujourd’hui un besoin de marché redevenu pertinent pour les solutions qu’elle offrait à l’époque ?
Ou propose-t-elle un langage stylistique capable d’ouvrir un nouveau chapitre dans le parcours de design de la marque ?

Si la réponse est oui, alors ce n’est pas de la nostalgie.
C’est de l’évolution.

À vous de me le dire. »


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2 avis sur « Agacé, le CEO de Fiat donne une leçon d’industrie automobile aux illustrateurs : « Dessiner une voiture est la partie la plus facile » »

  1. This said by the man who gave us the new 600 – which is already losing sales (its outsold by the Junior in January!!)………308 works, Astra works, Tipo was successful, but apparently the idea of a Ritmo, which lets be honest will be based on a shared platform so there is an economic case already for it, is not a good one. Can’t help but feel that Fiat needs a change – their own management team seem to be holding the brand back, and thats so apparent that they’re willing to go on social media to deride an idea.

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