
Voir une Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio affichée à 24 999 $ aux États-Unis a de quoi faire lever un sourcil. On parle ici d’une berline de 510 chevaux, animée par un V6 2.9 litres biturbo, capable de rivaliser avec les références allemandes sur circuit comme sur autoroute. Et pourtant, à Snellville en Géorgie, chez North Georgia Auto Brokers, un exemplaire rouge de 2018 est proposé à un tarif qui correspond davantage à celui d’une compacte bien équipée qu’à celui d’une super-berline italienne. Tentant ? Évidemment. Mais à ce prix-là, la question mérite d’être posée : bonne affaire… ou nid à problèmes ?
110 000 miles : beaucoup… ou simplement logique ?
Le chiffre qui interpelle immédiatement, c’est le kilométrage. 110 693 miles, soit un peu plus de 170 000 km. Pour une sportive italienne de 510 ch, certains y verront un cap symbolique inquiétant. Pourtant, ramené à l’âge de l’auto, le constat est plus nuancé.

Cette Giulia est de 2018. Cela représente environ 14 000 miles par an, soit près de 22 000 km annuels. Autrement dit, elle a très probablement servi au quotidien. Ce n’est pas une voiture qui est restée immobilisée pendant des semaines pour ne sortir que le week-end à froid, avant d’enchaîner quelques accélérations violentes. Elle a roulé, régulièrement, visiblement de manière cohérente. Et contrairement aux idées reçues, une voiture performante qui roule souvent et chauffe correctement peut vieillir mieux qu’un modèle peu utilisé, soumis à des cycles courts et à des sollicitations brutales occasionnelles.
Un ensemble mécanique plutôt rassurant
Sous le capot, on retrouve le fameux V6 2.9 litres biturbo développant 510 chevaux. Ce moteur, dérivé de l’architecture Ferrari (oui cela fait débat à chaque fois), a aujourd’hui suffisamment de recul pour ne plus être considéré comme une inconnue. Globalement, sa fiabilité est jugée correcte, à condition bien sûr que l’entretien ait été suivi avec rigueur.

La boîte automatique ZF à 8 rapports, elle, n’a plus rien à prouver. Utilisée par de nombreux constructeurs premium, elle est réputée pour sa robustesse et sa rapidité. Sur ce point, difficile d’être inquiet si les vidanges ont été faites dans les temps. Le châssis, avec ses suspensions pilotées, son différentiel arrière à glissement limité et ses freins Brembo, fait partie des références de la catégorie. La Giulia Quadrifoglio n’est pas qu’une fiche technique impressionnante : c’est une voiture qui procure un véritable plaisir de conduite, avec une direction incisive et un train avant d’une précision rare.
Le vrai sujet : l’entretien, pas le kilométrage
À ce stade, la vraie question n’est donc pas tant le nombre de miles affichés que la qualité du suivi. Une auto entretenue dans le réseau ou chez un spécialiste compétent, avec factures à l’appui, peut encore parcourir facilement le double de son kilométrage actuel.

170 000 km pour un moteur moderne bien conçu et correctement maintenu n’ont rien d’extraordinaire. Dans l’absolu, cette Giulia pourrait très bien dépasser les 300 000 km si elle continue à être suivie sérieusement. En revanche, si l’entretien a été négligé, les coûts peuvent vite grimper. Une Quadrifoglio reste une sportive haut de gamme : freins, pneus, pièces spécifiques et main-d’œuvre spécialisée ne sont pas au prix d’une berline généraliste.
Un achat passion, pas un placement
Il faut aussi être lucide sur un point essentiel : à 25 000 $, on n’achète pas cette voiture dans l’espoir de faire une plus-value. Avec 110 000 miles au compteur, elle ne redeviendra pas une pièce de collection. Au contraire, en ajoutant des kilomètres, sa valeur continuera probablement de baisser. Mais est-ce vraiment le sujet ?


Pour le prix d’un SUV familial d’occasion, vous avez accès à une berline capable d’abattre le 0 à 100 km/h en moins de 4 secondes, avec un caractère moteur unique et un châssis salué par la presse internationale comme l’un des meilleurs de sa génération. À ce tarif, la décote a déjà fait l’essentiel du travail. Le plus gros choc financier est passé pour le premier propriétaire.
Alors, bonne affaire ?
Si l’historique est limpide, que l’entretien est documenté et qu’un contrôle approfondi ne révèle rien d’anormal, cette Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio à moins de 25 000 $ peut clairement représenter une excellente affaire pour un passionné.
Il faut simplement l’aborder avec la bonne philosophie. Ce n’est pas un investissement, ni une voiture rationnelle. C’est un choix de cœur, un achat plaisir, avec les coûts et les risques que cela implique. Mais pour 25 000 $, accéder à 510 chevaux italiens, à un V6 biturbo expressif et à l’un des châssis les plus enthousiasmants de la décennie… difficile de ne pas considérer que, bien choisie, cette Quadrifoglio pourrait offrir énormément pour son prix.
La vraie question, finalement, n’est peut-être pas “est-ce raisonnable ?”, mais plutôt : peut-on vraiment résister ?
