
Alfa Romeo ne s’est pas distingué que sur terre. Un canot de course motorisé par Alfa Romeo était exposé lors du dernier salon Motor Passion d’Avignon, en France, fabriqué par le constructeur Lucini & Frigerio. Ce modèle de 1972 était dans une petite classe, équipé d’un moteur 4 cylindres bialbero 1300. Cela nous a rappelé l’expo « Cavalli Marini », chevaux marins dans la langue de Dante, qui s’était installée quelques années plus tôt au Museo Storico d’Arese. L’occasion d’évoquer le passé maritime, sportif comme industriel, du Biscone dans le nautisme.


Quand Alfa Romeo était un groupe multi-produits
La marque milanaise possédait une branche Alfa Romeo Industrie présente dans l’aéronautique avec Alfa Romeo Avio et dans le secteur du transport utilitaire avec Alfa Romeo Veicoli Industriali. Bus, trolleybus, camions et moteurs d’avion ont fait partie de la production du Biscione, qui fut mise à contribution pour l’effort de guerre italien pendant la Seconde Guerre Mondiale. Alfa Industriale a motorisé des bateaux de plaisance, des vaporetti de Venise (même des bateaux de pêche !) et aussi les fameux « canots explosifs » MTS (Motoscafo Turismo Silurante) utilisés par la Regia Marina pendant la Seconde Guerre mondiale pour essayer de couler des navires alliés, des bateaux rapides qui utilisaient le moteur de la 6C 2500.
Des années 30 jusqu’aux années 80, Alfa Romeo a été très présent dans les compétitions de motonautisme et les tentatives de records, accumulant les titres en Italie, en Europe et dans le monde. L’Italie, puissance maritime et terre de villégiature, a toujours été l’un des berceaux du motonautisme. Maserati et Ferrari s’y sont aussi essayé en motorisant des canots de course dans les années 50, dont le Timossi Ferrari Arno XI de 1953, de type hydroplane, qui était propulsé par le V12 de la 375 F1 scuderia Ferrari. Depuis les années 80/90, c’est Lamborghini qui a investi le monde de la course sur mer, avec des moteurs puissants, dont des V12 qui propulsent les F1 Inshore.
Des moteurs de F1
Dans le domaine motonautique, les moteurs adaptés à un usage maritime étaient fournis exclusivement pour un usage temporaire et gérés directement par le département de course Alfa Romeo. Le fameux moteur de la 158, conçu en 1938 par Gioacchino Colombo, était un 8 cylindres en ligne de 1,5 litre de cylindrée alimenté par un compresseur Roots. Dans son ultime évolution, avec un compresseur à deux étages, il culminait à 450 chevaux !
Si on associe surtout ce moteur aux monoplaces qui ont dominé les grands prix entre 1946 et 1951, avec à la clé deux titres mondiaux de F1 obtenus par Giuseppe Farina et Juan-Manuel Fangio, il fut utilisé dès la fin des années 30 dans le motonautisme puis a équipé le bateau de course Arno II, un monocoque allégé construit par les chantiers navals Picchiotti à Viareggio en 1946.

Le moteur avait remporté, avec Achille Castoldi comme pilote, trois championnats du monde sur l’eau. Castoldi détenait l’usage exclusif du moteur 158 dans les compétitions motonautiques depuis 1938. Et c’est lui qui, en 1943, sauva une partie des Alfetta en les cachant dans sa ferme, à l’abri des bombardements et des réquisitions de guerre. Le bateau de course Arno II fut même piloté par Achille Varzi, qui monta sur le podium de la Coupe Luino en 1948.
Laura, les F1 de la mer
Parmi d’autres bateaux emblématiques, citons le « Laura 1er » de 1952 qui récupère le moteur de l’Alfetta 159, qui venait de remporter deux titres mondiaux en F1 avant que le Biscione ne se retire du championnat du monde suite à l’adoption de la règlementation F2.




Une version « bimotore », le Laura III, combinant deux moteurs Alfetta pour atteindre 800 chevaux, est aussi testée 1954, atteignant plus de 290 Km/h ! Mais avec une fin tragique pour son pilote vedette. Sur le lac Iseo, Verga atteint 274 km/h avant d’effectuer une nouvelle tentative : Il dépasse les 300 km/h mais heurte plusieurs vagues qui catapultent le Laura 3, lequel est désintégré alors que le pilote est tué sur le coup.



Les autres bateaux
Le « Molivio – Alfa Romeo GTA » embarque le 1,6 170CV de la Giulia Sprint GTA et fut piloté par Leopoldo Casanova. Entre 1968 et 1972, il remporte un titre européen, 4 titres italiens, et bat quatre fois le record du monde de vitesse dans 3 catégories différentes



Le Molinari-Alfa Romeo 2500 remporte le titre mondial en 1966. Sa carrosserie est réalisée en alliage d’aluminium aéronautique produit par le département Agusta Helicopters. Pour saluer la collaboration avec ce secteur, la poupe arbore les couleurs des avions de ligne d’Alitalia.
Le « Celli » de 1970 est le premier des 4 bateaux 2500 propulsés par le moteur nautique Montreal-Autodelta. Il a été piloté par Antonio Pietrobelli, célèbre pilote et vainqueur pendant plus d’une décennie de titres italiens, européens et mondiaux sur piste.




Le « Dalla Pietà – Alfa Romeo » a remporté 3 titres européens et deux titres italiens dans la catégorie sport European Runabouts / Inboard entre 1968 et 1970. Un exemple unique, qui a été conçu pour Luigi Raineri, un célèbre concepteur de moteurs de course motonautique Alfa Romeo.



Le « Molivio – Alfa Romeo GTA », qui fut piloté par Leopoldo Casanova : pilote et recordman à la barre de bateaux inboard propulsés par les moteurs Alfa Romeo Autodelta. Entre 1968 et 1972, il a remporté un titre européen, 4 titres italiens, et battu quatre fois le record du monde de vitesse dans 3 catégories différentes.



Enfin, le « Popoli-Alfa Romeo » utilisait un moteur Type 33, porté à deux litres et demi par Autodelta, Leopoldo Casanova a établi le record du monde de vitesse dans la catégorie KC des 500 KG, qui reste jusqu’ici invaincu, avec une vitesse moyenne de 225,145 km/h.



