Pourquoi la marque chinoise Leapmotor va sauver Stellantis en Europe et lui faire gagner près de 2 milliards d’euros

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En 2025, Stellantis a évité de justesse une sanction financière qui aurait pu atteindre des niveaux historiques. Grâce à l’assouplissement de dernière minute des règles européennes sur les émissions de CO₂, le groupe a échappé à une amende théorique de plus de 800 millions d’euros sur le seul marché italien. Un soulagement immédiat, mais trompeur.

Car cette décision de Bruxelles ne règle rien sur le fond. Elle ne fait que repousser le problème à 2026 et aux années suivantes, dans un contexte réglementaire qui va devenir encore plus sévère. Les seuils d’émissions imposés aux constructeurs ne cessent de baisser, avec une trajectoire désormais clairement définie : environ 93,6 g/km depuis 2025, puis une réduction de 55 % à l’horizon 2030, soit une moyenne cible proche de 49,5 g/km. Autrement dit, un niveau pratiquement inaccessible pour un groupe dont les volumes reposent encore largement sur des modèles thermiques et hybrides.

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L’Italie, révélateur d’une vulnérabilité européenne

L’étude de Dataforce publiée récemment agit comme un électrochoc. Sans flexibilité réglementaire, Stellantis aurait accumulé plus de 800 millions d’euros de pénalités en Italie en 2025, en intégrant les voitures particulières et les utilitaires légers. Fiat, marque historique et pilier du groupe dans la péninsule, en aurait été le principal contributeur, devant Peugeot, Citroën, Jeep, Opel et même Alfa Romeo. Et l’Italie n’est qu’un cas d’école. À l’échelle de l’Europe, l’exposition potentielle dépasse largement le milliard d’euros par an. Dans ces conditions, l’équation devient insoluble : même en accélérant l’électrification des gammes européennes, Stellantis ne peut pas, en quelques années, faire basculer l’ensemble de ses volumes sous les seuils exigés par la réglementation CAFE.

Leapmotor, bien plus qu’un simple partenaire chinois

C’est dans ce contexte que Leapmotor change totalement de statut. Jusqu’ici perçue comme une marque électrique chinoise parmi d’autres, Leapmotor devient progressivement un outil stratégique majeur pour Stellantis en Europe. En 2025 déjà, ses ventes de véhicules 100 % électriques ont permis au groupe de générer environ 70 millions d’euros de crédits CO₂. Un montant encore modeste à l’échelle du problème, mais révélateur d’un potentiel bien plus vaste.

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La décision de produire Leapmotor en Europe, et plus précisément à l’usine Stellantis de Saragosse en Espagne, change radicalement la donne. Cette usine assemble déjà les Peugeot e-208, Opel e-Corsa et la Lancia Ypsilon. La ligne 2 du site est en cours d’adaptation pour accueillir jusqu’à 200 000 véhicules Leapmotor par an, avec trois équipes et un rythme de près de 950 voitures par jour. Quatre modèles sont dans les cartons : le B10 dès fin 2026, suivi du B05 en 2027, puis des A10 et A05 à moyen terme. La montée en cadence sera progressive : environ 40 000 véhicules sur la première année pleine, puis un doublement rapide selon la trajectoire industrielle et la demande européenne. Cette production locale rend Leapmotor éligible aux bonus nationaux, renforce son acceptabilité politique… et surtout, elle permet d’intégrer pleinement ses volumes dans le calcul des émissions moyennes de Stellantis en Europe.

Le calcul qui peut tout changer pour Stellantis

Le mécanisme de la loi CAFE est implacable, mais aussi mathématique. Chaque véhicule électrique vendu permet de compenser les dépassements d’émissions des autres modèles du groupe. En conservant l’hypothèse actuelle d’une pénalité de 95 euros par gramme de CO₂ au-delà de 94 g/km, le raisonnement devient limpide. Avec 200 000 Leapmotor électriques immatriculées sur une année, Stellantis pourrait générer près de 1,8 milliard d’euros de crédits CO₂. Une somme capable, à elle seule, de neutraliser les “mauvais élèves” du groupe, de Fiat aux utilitaires, en passant par certaines marques généralistes encore très dépendantes du thermique. Certes, il faudra être patient. En 2027, avec 40 000 unités, le crédit potentiel serait d’environ 357 millions d’euros. En 2028, avec 80 000 véhicules, il grimperait déjà à près de 700 millions. Mais à l’horizon 2030, si l’usine de Saragosse tourne à plein régime, l’équation change complètement : Leapmotor pourrait rapporter près de 2 milliards d’euros par an à Stellantis, non pas en chiffre d’affaires direct, mais en pénalités évitées.

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Sauver Stellantis en Europe et ses marques historiques

Ce pari industriel s’appuie sur une réalité commerciale solide. En 2025, Leapmotor a livré près de 600 000 véhicules dans le monde, soit plus du double de l’année précédente. Pour 2026, le constructeur vise le million d’unités, porté par une gamme électrique et hybride agressive sur les prix. Pour Stellantis, l’intérêt est double. D’un côté, Leapmotor permet d’augmenter rapidement la part de véhicules zéro émission en Europe sans attendre la maturité complète des plateformes internes. De l’autre, elle agit comme un amortisseur financier face à une réglementation climatique devenue un risque majeur pour la rentabilité.

Au fond, Leapmotor offre à Stellantis une solution pragmatique à un problème structurel. Le groupe ne peut pas, à court terme, transformer brutalement Fiat, Alfa Romeo, Peugeot ou Citroën en marques 100 % électriques. Il lui suffit donc de compenser leurs émissions grâce à un volume massif de véhicules zéro émission produits et vendus sous une autre bannière. C’est cette astuce, discrète mais redoutablement efficace, qui pourrait permettre à Stellantis de passer le cap réglementaire européen jusqu’en 2030. Non pas en gagnant la bataille technologique sur tous les fronts, mais en utilisant Leapmotor comme un levier financier et réglementaire. Une manœuvre qui, si elle se confirme, pourrait bien faire gagne au groupe près de 2 milliards d’euros par an, jusqu’au prochain seuil de 2030.

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2 avis sur « Pourquoi la marque chinoise Leapmotor va sauver Stellantis en Europe et lui faire gagner près de 2 milliards d’euros »

  1. Voici l’illustration parfaite des effets de la décarbonation à marché forcée.
    Faute de concertation entre législateurs et constructeurs, voilà ces derniers obligés à ouvrir grand les portes au cheval de Troie chinois.
    Au delà de ce jeu de go dangereux, il est à espérer que Stellantis tirera profit de ce  »partenariat » pour progresser techniquement et accélérer l’électrification de ses marques phares.
    A l’instar des constructeurs chinois, Dongfeng, Geely et autres, qui dans les années 90, ont su apprendre patiemment à « l’ombre » des constructeurs européens, VW, PSA en tête venus « conquérir » cet Eldorado promis qu’était le marché chinois.

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  2. Maintenant, les Chinois ont eu un avantage décisif que nous, Européens, n’avons jamais réussi à avoir, à savoir : parler d’une seule et même voix.

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