
Après avoir récemment repris le volant de l’Alfa Romeo Giulia Quadrifoglio, Jeremy Clarkson poursuit son tour d’Italie. Cette fois, direction Modène avec la nouvelle Maserati MCPura Cielo, version découvrable de la supercar au trident. Un essai publié dans les colonnes du « The Times », où le journaliste britannique mêle passion, ironie… et une panne nocturne.
L’Italie, pays qui ne tue pas ses marques
Clarkson débute son papier par une réflexion presque philosophique. Pourquoi tant de marques britanniques ont-elles disparu quand l’Italie a su préserver les siennes ? Là où le Royaume-Uni a vu s’éteindre Humber, Triumph ou Rover, l’Italie maintient en vie Lancia, Lamborghini, Alfa Romeo, Ferrari, Fiat et Maserati. Selon lui, la différence est culturelle. Les Britanniques aiment la mécanique. Les Italiens aiment les voitures. Pas seulement les pièces, mais l’objet tout entier, presque comme un être vivant. Supprimer Lancia pour des raisons financières serait, écrit-il en substance, aussi inconcevable que de raser le Colisée pour élargir un rond-point. Voir Stellantis continuer à investir dans Maserati relève pour lui presque de l’irrationnel… donc du profondément italien.
Une supercar à 300 000 £
La MCPura Cielo (dérivée de la Maserati MC20) est le fleuron découvrable de la gamme. Sous son capot arrière : un V6 3.0 litres biturbo développant 630 ch. Une puissance que Clarkson qualifie d’idéal. Au-delà, cela deviendrait terrifiant. En dessous, inutile.


Sur le papier, le tarif dépasse les 234 000 £. Et une fois les options carbone et quelques équipements ajoutés, la facture franchit allègrement les 300 000 £. À ce niveau, on s’attend à un festival de matériaux précieux. Pourtant, Clarkson se montre surpris, et pas forcément dans le bon sens. Les commandes lui semblent issues d’une Fiat Punto (c’est en réalité plutôt la Fiat 500), les sièges sont fermes, l’ensemble moins spectaculaire qu’espéré. Même le design, malgré le grand trident sur le capot moteur, lui paraît familier. Et pourtant…
Du plaisir, même sous la pluie
L’essai se déroule dans des conditions météo épouvantables : pluie battante, froid glacial, vent violent. Pas exactement le décor rêvé pour une supercar italienne découvrable. Et c’est là que la surprise commence.
En mode « Wet », l’auto se révèle civilisée, confortable, exploitable. Clarkson souligne l’aisance d’utilisation, comparable à celle d’une compacte comme une Volkswagen Golf. Mieux encore : des espaces de rangement à l’avant et à l’arrière, et une habitabilité suffisante pour conduire avec un chapeau. Mais le véritable choc, pour Jeremy Clarkson, sa surprise agréable vient d’un détail. Après avoir désactivé les aides à la conduite la veille, il découvre qu’au redémarrage, elles restent désactivées. Un petit miracle réglementaire qui le ravit. “Je l’achèterais rien que pour ça”, confie-t-il. En effet, le journaliste ne cesse de répéter qu’il n’aime pas ces aides à la conduite.

Sous les éclaircies, le V6 biturbo s’exprime avec entrain. La sonorité n’est pas enivrante, mais elle accompagne efficacement des accélérations franches. Clarkson commence à s’attacher à cette Maserati imparfaite, presque discrète, loin de l’ostentation de certaines concurrentes britanniques.
Puis, la panne
Et puis, forcément, il fallait un rebondissement à la fin. Sur la route principale reliant sa ferme à son pub, la MCPura Cielo tombe en panne. En pleine nuit. Impossible, au moment de l’écriture de son essai, de savoir ce qui s’est produit. Alors qu’il imagine déjà la galère pour charger la voiture au nez ultra bas sur une remorque, la supercar redémarre soudainement. Depuis, Clarkson n’ose plus la conduire.

Au fond, son article révèle quelque chose d’assez touchant. Jeremy Clarkson se définit comme un “car guy”. Malgré la panne, malgré les plastiques ordinaires et le prix stratosphérique, il conclut sur une note presque mélancolique : voir Maserati disparaître lui ferait le même effet que si l’on détruisait la Galerie des Offices (un musée située à Florence) pour réduire une facture d’électricité.
Au final, son verdict est paradoxal. Oui, la MCPura Cielo l’a laissé en rade. Mais oui aussi, il a pris un plaisir fou à la conduire. Et la plus agréable des surprises c’était de redécouvrir qu’une supercar peut encore être imparfaite, attachante… et profondément italienne.
