
La Chrysler TC Maserati est un cabriolet deux places issu d’une collaboration entre le constructeur américain Chrysler et le constructeur italien Maserati. Plus de trente ans avant FCA, l’Italie et l’Amérique avaient donc déjà tenté l’expérience ! Produite entre 1988 et 1990 , elle représente une tentative ambitieuse d’associer le luxe italien au savoir‑faire industriel américain…avec un résultat très mitigé.
Chrysler en quête de prestige
Le projet est lancé au début des années 1980 sous l’impulsion de Lee Iacocca, alors dirigeant de Chrysler. L’objectif était d’améliorer l’image de marque de Chrysler en proposant un véhicule haut de gamme bénéficiant d’une touche européenne, le tout à travers un projet industriel à priori rapide et moins coûteux que le développement en interne de A à Z d’un nouveau modèle. De son côté, Maserati est en phase de réveil, après les déboires consécutifs au retrait de Citroën en 1975. Alessandro de Tomaso a repris le Trident en mains, la Biturbo trouve son public mais l’appui d’un grand constructeur est le bienvenu. De Tomaso et Lee Iacocca, le patron de Chrysler, se connaissent bien, ce qui facilite le rapprochement et l’idée d’une collaboration.
En 1984, les deux sociétés signent un protocole d’entente pour créer un coupé sport, qui prendra finalement comme nom “TC” alias “Touring Convertible”. Chrysler devient au passage un investisseur de Maserati au cours de cette période, à coup de plusieurs dizaines de millions de dollars. En 1985, Lee Iacocca déclare que ce coupé serait “la plus jolie italienne à arriver aux États-Unis depuis que sa mère a immigré”. Sûr qu’un dirigeant ne dirait plus ça aujourd’hui !
Un peu de Maserati, beaucoup de Chrysler
La TC repose sur une plateforme dérivée des modèles Chrysler à traction avant, notamment la “K-Car” représentée par la Dodge Daytona. Malgré son positionnement premium, elle partageait plusieurs composants avec d’autres modèles Chrysler plus abordables. Elle dispose d’un hard-top amovible avec hublots latéraux (fenêtres d’opéra) et d’une capote souple électrique.


Trois motorisations ont été proposées. La version 2.2L Turbo 4 cylindres (8 soupapes) développait environ 160 ch. Cette version à intercooler, connue sous le nom de Turbo II, était couplée à une boîte-pont automatique à trois vitesses, avant d’être remplacée en 1990 par un 3.0L V6 Mitsubishi d’ environ 141 chevaux, couplé à une boîte automatique 4 vitesses.
500 exemplaires recevront un 2.2L Turbo 16 soupapes d’environ 200 chevaux, avec boîte manuelle 5 vitesses Getrag. Ce sera la version la plus rare et par conséquent la plus recherchée, cette variante ayant évidemment un agrément largement supérieur. Pour quelle raison ? Ce moteur était considéré comme la version “Maserati”, car il était construit par le Trident.

Cependant, l’appellation Maserati était à « nuancer » : La culasse et les soupapes provenaient de Cosworth (avec finition en Italie par Maserati), les pistons provenaient de Mahle GmbH en Allemagne tandis que les arbres à cames étaient conçus par Crane Cams, basée en Floride, puis fabriqués par Maserati à Modène. La carrosserie était réalisée par Innocenti, filiale de De Tomaso. Enfin, anecdote intéressante, les jantes étaient fournies par l’entreprise italienne Fondmetal, qui sera présente en F1 au début des années 90.
Les performances (approximatives) annoncées indiquaient un 0 à 100 km/h exécuté environ en 6,9 secondes (version 200 ch), avec une vitesse maximale comprise entre 210 et 217 km/h. La voiture avoisinait cependant les 1 500 kg (conséquent à ette époque !) pour une longueur de 4 465 mm.
Prix élevé…et identité pas assez marquée ?
La TC proposait un intérieur luxueux avec sellerie, accoudoirs et panneaux de porte en cuir italien cousue à la main, des sièges électriques, la climatisation, le régulateur de vitesse, un système audio Infinity, et divers équipements électriques. Un compartiment spécifique accueillait roue de secours compacte et accessoires, dont un parapluie.


Présentée pour la première fois au Salon de Los Angeles en 1986, la TC n’arrive sur le marché qu’à la fin de 1988 après plusieurs retards de production imputables à De Tomaso. La production totale s’élève à environ 7 300 exemplaires. L’assemblage était réalisé à Milan, en Italie.
Le prix de lancement était d’environ 33 000 dollars en 1989, montant atteignant près de 37 000 dollars en 1991. Ce positionnement élevé, combiné à des performances jugées modestes, à des choix trop restrictifs (Les couleurs extérieures disponibles étaient le jaune, le rouge ou le rouge foncé) et à une forte ressemblance avec la Chrysler LeBaron moins chère, a entraîné des ventes décevantes.
Héritage
Aujourd’hui, la Chrysler TC by Maserati est devenue un modèle de collection rare. Les versions 16 soupapes de 200 ch sont les plus recherchées. Malgré la patte Maserati dans la fabrication et la préparation moteur, l’erreur fut de lui conférer un style trop classique et trop proche des autres Chrysler. Cela rappelle étrangement ce qui se passera plus de vingt ans plus tard, car on décida de vendre en Europe des Chrysler rebadgées Lancia, à l’image de la Lancia Thema… Il faut croire que l’on n’apprend jamais vraiment de ses erreurs !

