La Ferrari F40 n’aurait jamais existé sans cette Ferrari de rallye… interdite au dernier moment

Au début des années 80, la folie du Groupe B révolutionne le rallye mondial. Audi et son système Quattro redéfinissent les normes de la voiture de rallye, puis Lancia, Peugeot ou encore Ford lui emboitent le pas. Une course à la puissance qui attire de nombreux constructeurs, dont Porsche qui y réfléchit : la firme de Stuttgart a développé une 911 SC/RS qui gagne le titre européen en 1984, tout en préparant le terrain à la 959, présentée au salon de Francfort 1983 sous le nom “911 Gruppe B”. Et pourquoi pas Ferrari ?

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Les prémices

Les bolides de Maranello ont tenté et souvent réussi leurs escapades en rallye. A la demande de plusieurs clients privés italiens et français, dont l’importateur français Charles Pozzi, Michelotto a développé en 1978 une Ferrari 308 Groupe 4, qui décroche le titre de champion d’Espagne des rallyes et fait le bonheur du Tour de France auto et du championnat de France des rallyes avec Jean-Claude Andruet.

Ferarri 308 GTB Groupe 4 « Michelotto »

Impressionnée par les résultats de ces voitures privées, Ferrari s’est associée à Michelotto pour construire vers la fin de 1982 une voiture du Groupe B plus extrême, la 308 GT/M, dont la coque était en matériaux composites. La première voiture n’est prête qu’au printemps 1984, mais Ferrari s’en désintéresse car elle ne pouvait rivaliser avec les machines turbocompressées à quatre roues motrices qui dominaient le rallye du Groupe B.

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GTO, le retour

Sauf qu’en 1984, Ferrari sort au grand jour sa nouvelle supercar, la 288 GTO, qui ressuscite le fameux GTO pour « Gran Turismo Omologato ». Il s’agissait de la première Ferrari de série à huit cylindres dont le V8 était monté longitudinalement dans le châssis, une configuration qui était plus adapté à la course. Justement, la 288 GTO a été pensée en vertu du Groupe B, pour être performante sur circuit comme sur route. La règlementation Groupe B plaît à Ferrari qui pourrait donc engager une voiture puissante utilisant le turbo, une technologie qu’elle maîtrise désormais parfaitement grâce à l’expérience de la F1. 

Ferrari 288 GTO

L’homologation impose de produire un minimum de 200 modèles de route sur un an. Cette 288 au dessin signé Pininfarina est une véritable voiture de course déguisée en « stradale », avec un châssis tubulaire recouvert d’une carrosserie en fibre de verre, kevlar et carbone, un poids allégé, des voies élargies et surtout un fabuleux V8 2.8 litres gavé par deux turbos IHI donné pour 400 chevaux. Une première pour un V8 Ferrari de série. Produite initialement à 200 exemplaires, la 288 GTO rencontre un franc succès qui poussera Ferrari à rallonger la production de 72 unités supplémentaires.

Radicale !

Ferrari planche sur une version de course, à partir de 1985, baptisée « Evoluzione ». Trois équipes se partagent les tâches pour la préparation aérodynamique, le châssis et le moteur. Allégée à 940 kilos en ayant recours à la fibre de verre, au kevlar et au carbone, la GTO Evo ne fait aucune concession à la performance. Inspiré par les 512 BB LM et la 308 GT/M, le design est bestial, la bête étant affublée d’un énorme spoiler arrière, d’ailes élargies bien méchantes et de nombreux appendices aérodynamiques.

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Les vitres en lexan, les prises NACA et les ouïes de requin sont déjà là, alors que la poupe est percluse d’ouvertures qui doivent évacuer la chaleur volcanique du moteur. Le V8 reste sur une cylindrée de 2,8 litres, soit le maximum permis pour les turbos dans la règlementation Groupe B (en appliquant le coefficient de cylindrée de 1,4 , soit 4 litres maxi autorisés).

La GTO de base, avec ses 400 chevaux, offrait déjà des performances étonnantes : Un 0 à 100 km/h en 4,9 secondes et une vitesse maximale supérieure de 320 Km/h. La motorisation de la GTO Evoluzione est déclinée en deux versions, CK pour la piste et CR pour le rallye. Dans sa version CK,elle grimpe à 650 chevaux et permet d’abattre le 0-100 Km/h en 4 secondes, le 0-200 Km/h en 6 secondes, le tout avec une vitesse maxi explose à 369 Km/h ! On vous laisse imaginer cela sur les routes de Corse…

Un destin sur la route

Initialement, 20 modèles de course devaient être produits. 5 sont déjà construits quand, à la suite des dames à répétition de la saison 1986 et notamment l’accident mortel de Toivonen au Tour de Corse, la FIA légifère et interdit la catégorie Groupe B. Le coefficient de conversion de cylindrée est modifié, ce qui induit que le V8 de la Ferrari n’est plus dans les clous. La 288 GTO Evoluzione ne disputera jamais de rallye. Une fois les travaux de développement achevés, Ferrari a vendu plusieurs des 288 prototypes GTO Evoluzione à ses clients les plus importants comme Jacques Swaters, Pierre Bardinon ou le Sultan de Brunei.

Cependant, vous l’avez sans doute remarqué, cette Ferrari n’est pas sans rappeler une supercar qui sort l’année suivante. Ferrari n’en reste pas là avec la GTO Evoluzione sur les bras : à défaut de limer les pistes du WRC, cette GTO Evo pourrait donner une sportive extrême pour la route.

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Ce sera la fameuse F40, l’iconique supercar, ultime voiture sortie du vivant d’Enzo Ferrari, l’évolution naturelle de la bestiale 288 GTO Evoluzione, dont certains exemplaires ont servi de prototype d’essai. Derrière ces deux monstres, le même géniteur en la personne de l’ingénieur Nicola Materrazzi.

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