
À Kissimmee, en Floride, la scène a de quoi donner le vertige même aux collectionneurs les plus aguerris. Une Ferrari Enzo de 2003 vient d’être adjugée pour la somme record de 16,5 millions de dollars, devenant la Ferrari Enzo la plus chère jamais vendue aux enchères. Seule une Ferrari 250 GTO a fait mieux lors de cet événement organisé par Mecum Auctions, confirmant une nouvelle fois l’appétit insatiable du marché pour les Ferrari les plus exclusives. Mais derrière ce prix stratosphérique se cache une réalité paradoxale : cette Enzo, pourtant conçue comme l’ultime supercar de son époque, ne prendra probablement jamais la route sous la conduite de son nouveau propriétaire.
Une Enzo presque neuve après plus de vingt ans
Produite entre 2002 et 2004 à seulement 400 exemplaires, la Ferrari Enzo est déjà une icône. Celle-ci pousse la rareté encore plus loin. En plus de ses 23 ans d’existence, elle n’affiche que 649 miles au compteur, soit à peine une trentaine de miles parcourus par an. Un chiffre qui en dit long sur la philosophie de son ancien propriétaire : posséder, préserver, exposer… mais rarement conduire. Ces kilomètres ont sans doute été accumulés lors de trajets logistiques, entre transport en remorque, visites chez Ferrari et apparitions lors d’événements prestigieux. Une vie de vitrine, presque muséale, pour une machine capable de dépasser les 350 km/h.



Phil Bachman, l’homme derrière la légende jaune
Cette Ferrari Enzo appartenait à Phil Bachman, figure respectée du monde Ferrari aux États-Unis. Collectionneur passionné installé dans le Tennessee, il avait fait du Giallo Modena sa signature absolue. Toutes, ou presque, ses Ferrari étaient jaunes, à contre-courant du traditionnel rouge de Maranello. Commandée neuve en 2003, cette Enzo a fait l’objet d’un suivi exceptionnel. Phil Bachman s’est même rendu personnellement à Maranello pour superviser sa fabrication, au point de participer symboliquement à l’assemblage de certains éléments.

Cette Enzo n’est pas seulement rare par sa couleur. Elle est considérée comme l’une des plus optionnées jamais produites. Sur les 127 Enzo livrées aux États-Unis, seules 11 étaient peintes en jaune. Celle-ci va encore plus loin avec des éléments spécifiques réalisés directement à l’usine : compartiment moteur partiellement poli, éléments inférieurs de carrosserie peints couleur carrosserie, diffuseur arrière jaune, sans oublier un badge exclusif signé Enzo Ferrari à l’arrière. L’habitacle n’est pas en reste, avec une sellerie en cuir rouge, des sièges de style Daytona et des touches jaunes en rappel de la carrosserie. L’ensemble est complété par les sièges d’origine en cuir noir, le bagage Schedoni, la certification Ferrari Classiche et son célèbre Red Book.


Sous le capot, rien n’a changé : un V12 atmosphérique de 6,0 litres développant 651 chevaux, associé à une boîte F1 à six rapports. De quoi abattre le 0 à 100 km/h en un peu plus de trois secondes et atteindre 355 km/h en pointe. Sur le papier, une voiture taillée pour l’adrénaline. Dans la réalité, chaque mile supplémentaire représenterait une perte financière immédiate. À ce niveau de valeur, rouler devient presque un sacrilège. Le nouveau propriétaire le sait : cette Enzo est désormais un actif patrimonial.
Un record qui résume toute une époque
En atteignant 16,5 millions de dollars, cette Ferrari Enzo ne bat pas seulement un record pour le modèle. Elle illustre l’évolution du marché des supercars de collection. En 2025, de nombreuses Ferrari dont des F40 et des F50 ont déjà battues des records, et 2026 semble commencer sur la même voie.
