
Certaines Ferrari traversent les décennies en brillant dans les concours d’élégance. D’autres disparaissent totalement, au point que leur existence même finit presque par relever de la légende. C’est précisément le cas de cette Ferrari 342 America Coupé de 1951, retrouvée récemment aux États-Unis après près de 60 ans hors des radars. Et le plus incroyable ? Elle pourrait dépasser le million de dollars aux enchères.
Une GT d’exception au tout début de Ferrari
Au début des années 1950, Ferrari fabrique encore ses voitures presque artisanalement. Chaque client est un industriel, un aristocrate ou un pilote renommé. La série America, lancée en 1950, représente alors le sommet du luxe et de la performance routière. En 1951 arrive la 342 America. Contrairement aux modèles précédents encore très proches de la compétition, elle est conçue dès l’origine comme une grande routière rapide. Son châssis allongé améliore le confort, tandis que le V12 Lampredi 4,1 litres dérivé de la 375 F1 développe environ 200 chevaux, une puissance considérable pour l’époque. Mais surtout, seuls sept exemplaires seront assemblés.

Le châssis 0130 AL est le premier construit. Ferrari le confie à Ghia pour une carrosserie coupé 2+2 unique. La voiture adopte une élégante livrée bicolore bleu foncé et gris argent, avec un intérieur assorti particulièrement sophistiqué. Même le tableau de bord est spécial, regroupant plusieurs instruments Jaeger dans un unique cadran central.

Ferrari décide immédiatement d’en faire son modèle vitrine. Elle apparaît au Salon de Paris en octobre 1951, puis quelques jours plus tard au London Motor Show. La presse britannique est séduite, et Stirling Moss lui-même s’installe à bord pour examiner sa position de conduite.
Une Ferrari… pour le patron d’Aston Martin
Après ses apparitions publiques, la voiture retourne à Maranello début 1952 pour préparation finale. Elle est ensuite livrée à son premier propriétaire : David Brown, le patron d’Aston Martin. Le symbole est fort. Le créateur des futures DB2, DB4 et DB5 choisit une Ferrari pour lui-même. La 342 America devient ainsi probablement la première Ferrari de route vendue au Royaume-Uni.

Durant les années 1950, elle circule régulièrement lors d’événements automobiles britanniques, notamment à Oulton Park. Elle change progressivement de propriétaires mais reste connue des amateurs. Puis, vers la fin de la décennie, elle est repeinte en rouge italien traditionnel. Rien ne laisse encore présager sa disparition.
1967 : la Ferrari disparaît du monde
À la fin de 1966 ou au début de 1967, la voiture quitte l’Angleterre pour les États-Unis. Elle est achetée par Edwin K. Niles, passionné californien qui importe alors plusieurs Ferrari historiques. Mais la voiture ne reste pas longtemps sur la côte Ouest. Elle est rapidement revendue à Robert Chevako, installé dans l’État de New York. En juin 1967, la Ferrari est aperçue lors du Watkins Glen Sports Car Grand Prix. C’est la dernière trace publique connue. Après cet événement, elle disparaît totalement.

Durant les décennies suivantes, aucun passage en vente, aucune restauration, aucune apparition en concours d’élégance. Même dans les milieux spécialisés Ferrari, la voiture devient une sorte de pièce manquante. On sait qu’elle existe toujours, mais personne ne sait vraiment où elle se trouve ni dans quel état. Elle reste simplement stockée, hors de la lumière, dans une propriété de l’État de New York. Les années passent mais la voiture ne réapparaît jamais.
Une sortie de l’ombre après près de 60 ans
La redécouverte intervient récemment après le décès de son dernier propriétaire. En vidant la succession, la Ferrari est retrouvée dans son lieu de stockage, exactement là où elle avait été laissée des décennies auparavant. Contrairement à de nombreuses restaurations anciennes, la voiture est intacte dans son état d’origine. Elle conserve ses plaques britanniques, une partie de son intérieur bicolore et surtout son moteur matching numbers confirmé par les archives Ferrari.






Elle n’a jamais été restaurée, jamais modifiée et même jamais proposée publiquement à la vente depuis les années 1960. Ce qui en fait un témoignage brut de l’histoire de la marque, figé dans le temps. Son état impose une restauration complète, mais pour les collectionneurs, c’est précisément ce qui la rend exceptionnelle : tout reste authentique.
Une pièce majeure de l’histoire Ferrari aux enchères
Cette Ferrari 342 America sera vendue lors des enchères d’Amelia Island en mars 2026. Son estimation se situe entre 900 000 et 1,2 million de dollars. Au-delà du prix, l’importance historique est immense. Premier exemplaire construit, unique Ghia, voiture de salon officielle, ancienne propriété du patron d’Aston Martin et disparue pendant près de 60 ans, elle incarne une époque où Ferrari passait du monde de la course à celui du grand tourisme de prestige. Pendant plus d’un demi-siècle, elle dormait oubliée dans un garage américain.
Aujourd’hui, elle revient sur scène comme si le temps s’était arrêté en 1967.