Cette Ferrari Mondial est la moins chère que vous trouverez : mais à moins de 50 000 €, faut-il craquer pour la mal-aimée ?

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Acheter une Ferrari pour le prix d’une citadine neuve bien optionnée, c’est l’idée qui fait sourire… jusqu’au moment où l’on tombe, annonce après annonce, sur le même nom : Mondial. À elle seule, cette Ferrari résume un paradoxe délicieux. Elle est souvent présentée comme “la moins chère”, donc forcément suspecte, et pourtant elle coche des cases que beaucoup de Ferrari plus chères ne peuvent pas cocher : un V8, une boîte manuelle à grille, une architecture à moteur central… et même quatre places. De quoi donner envie. De quoi aussi réveiller les moqueries, car la Mondial traîne depuis quarante ans un surnom de vilain petit canard.

Le plus étonnant, c’est que l’histoire semble être en train de changer. D’un côté, on trouve encore énormément de Mondial sous les 50 000 €, parfois à des prix presque irréels. De l’autre, certaines ventes aux enchères ont récemment montré que les très beaux exemplaires, surtout en version Mondial T, peuvent partir à des montants qu’on n’associe plus du tout à une “Ferrari d’entrée de gamme”. Alors, faut-il craquer ? Ou faut-il fuir cette Ferrari mal comprise, comme on l’a fait pendant des décennies ?

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Une Ferrari née d’une idée difficile : la 2+2 à moteur central arrière

La Mondial n’est pas une Ferrari “simple”. Elle est la conséquence directe d’une ambition compliquée : offrir une Ferrari plus utilisable au quotidien, capable d’emmener des passagers, tout en conservant l’architecture sportive qui fait rêver. Avant elle, il y a la 308 GT4 apparue en 1973, une 2+2 à moteur central arrière qui a déjà bousculé les habitudes. Son style signé Bertone n’a jamais fait l’unanimité, mais elle prouve que Ferrari cherche une porte d’entrée, un modèle qui attire ceux qui veulent le blason et la musique Ferrari, sans forcément vivre au quotidien avec les contraintes d’une stricte deux places.

Ferrari décide pourtant de renouveler l’expérience. En 1980, au Salon de Genève, la marque présente la Mondial 8. Cette fois, le dessin revient à Pininfarina, comme un message envoyé aux puristes : d’accord pour une Ferrari “différente”, mais pas question d’abandonner la noblesse de la maison. Le nom “Mondial” résonne comme un clin d’œil à la F1 et aux années glorieuses, et la voiture assume sa vocation grand tourisme. Elle veut être la Ferrari que l’on peut envisager comme une compagne de route, presque une Ferrari familiale.

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Sauf que la recette n’a rien d’évident. Mettre quatre places tout en conservant un moteur placé juste derrière l’habitacle, impose un empattement long et une silhouette particulière. La Mondial se retrouve avec une identité visuelle qui tranche dans l’histoire de Ferrari : ni tout à fait berlinette, ni véritable GT classique, un objet à part, isolé, sans descendance directe. Dès le départ, elle divise.

Le péché originel : une Ferrari qui manque de souffle

La Mondial 8 arrive en plus avec un handicap mécanique qui va lui coller à la peau. Le V8 2,9 litres, admirable par sa sonorité et son pedigree, doit composer avec une réalité industrielle et réglementaire. Pour répondre aux normes antipollution, notamment américaines, Ferrari abandonne les carburateurs Weber et adopte une injection Bosch K-Jetronic. Sur le papier, c’est moderne. Dans les faits, cela se traduit par une baisse de puissance qui frappe l’imaginaire : la Mondial 8 affiche 214 ch, un chiffre qui paraît timide face à des concurrentes souvent plus puissantes, parfois mieux finies, et parfois plus logiques dans leur proposition.

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Et comme si cela ne suffisait pas, le concept même de la Mondial nourrit la critique. Ses places arrière existent, mais elles sont étroites. Elle se vend cher à l’époque et se retrouve comparée à des Porsche, des Jaguar, des Mercedes ou des Maserati. La sanction commerciale est immédiate : les premières années sont difficiles, et la Mondial commence sa vie avec une image fragile. À cela s’ajoute un reproche dynamique souvent rappelé par les essais : sur les premières versions, la tenue de route à la limite est jugée délicate, avec un arrière parfois nerveux. Pour une Ferrari qui se veut “grand tourisme utilisable au quotidien”, l’idée d’une voiture exigeante ne rassure pas. La réputation de “Ferrari pas très Ferrari” s’installe, et elle mettra longtemps à s’effacer.

Une Ferrari qui ne cesse d’évoluer pour se racheter

Ce qui rend la Mondial passionnante, c’est que Ferrari n’a jamais abandonné. Au contraire, le modèle va évoluer sans cesse, comme si Maranello voulait corriger, étape après étape, les critiques adressées au concept. La Mondial Quattrovalvole arrive en 1982 avec des culasses à quatre soupapes par cylindre et un regain de puissance. En 1985, la Mondial 3.2 adopte le V8 de la 328 et atteint 270 ch. À ce stade, l’auto commence enfin à ressembler à ce qu’attendent les puristes : une Ferrari qui ne se contente pas d’être belle ou rare, mais qui a des performances plus cohérentes avec son blason.

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Ferrari Mondial Quattrovalvole
Ferrari Mondial T
Ferrari Mondial T Cabriolet

Puis vient le moment clé : 1989 et l’arrivée de la Mondial T. C’est là que la voiture prend une autre dimension. Le moteur passe à 3,4 litres et grimpe à 300 ch. Surtout, l’implantation change. Le V8 devient longitudinal, tandis que la boîte reste transversale, formant ce fameux “T” qui donne son nom à la version. Ce n’est pas un simple lifting ou une évolution de détail : c’est une transformation profonde qui rend la Mondial plus homogène, plus aboutie, plus gratifiante à conduire. Beaucoup considèrent que c’est sous cette forme que la Mondial devient enfin pleinement désirable, notamment en cabriolet, une variante qui colle parfaitement à son esprit grand tourisme.

Pourquoi la “mal-aimée” reste-t-elle mal aimée ?

Même améliorée, la Mondial porte encore le poids d’un procès culturel. Son style n’a jamais été l’évidence sensuelle d’une 308 ou d’une 328. Son concept de 2+2 à moteur central est atypique et ne correspond pas au fantasme dominant de la Ferrari pure, radicale, strictement deux places. Enfin, son statut d’entrée de gamme l’a condamnée pendant longtemps à être regardée de haut. Dans une marque où la légende se nourrit d’excès, être “la Ferrari accessible” ressemblait à une faiblesse. Et pourtant, aujourd’hui, ce sont précisément ces singularités qui la rendent attachante. La Mondial n’est pas la Ferrari que l’on achète pour cocher la case du prestige le plus consensuel. C’est une Ferrari de connaisseur curieux, de passionné qui veut une auto différente, utilisable, et surtout capable de raconter une autre histoire que celle des icônes habituelles.

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Ce que ses propriétaires défendent : la Ferrari qu’on vit vraiment

Les témoignages de propriétaires ont un point commun : ils ne cherchent pas à faire croire que la Mondial est parfaite. Ils expliquent plutôt qu’elle est injustement résumée. Beaucoup parlent d’une vraie expérience Ferrari, parfois même plus “authentique” au sens mécanique du terme, parce qu’elle impose de comprendre la voiture, de respecter ses temps de chauffe, d’accepter une certaine rudesse de commandes et une atmosphère très années 80.

Intérieur Ferrari Mondial

La grille de boîte manuelle, l’odeur du cuir, le V8 dans le dos, la sensation d’une mécanique proche de la course dans sa philosophie, reviennent souvent comme des arguments affectifs. Plusieurs propriétaires insistent aussi sur un point que l’on sous-estime : la Mondial permet de partager la Ferrari. Les deux places arrière, même si elles restent des places d’appoint, changent tout pour une utilisation familiale ou pour emmener des enfants, et le coffre rend l’idée du voyage plausible. Une Ferrari qui peut partir en week-end sans transformer le trajet en sacrifice, c’est rare.

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Pour ses propriétaires, la Mondial n’est pas une voiture qu’on achète sur un coup de tête. C’est une voiture qu’on choisit avec lucidité, en comprenant que l’essentiel ne se joue pas sur le prix d’achat, mais sur l’état, l’historique et l’entretien.

Les occasions : de nombreuses annonces sous 50 000 €… et une domination américaine

C’est ici que la Mondial devient vraiment un cas d’école. Aujourd’hui, on trouve près de 150 Ferrari Mondial affichées sous les 50 000 € sur le marché, principalement la première version. C’est énorme pour une Ferrari, et cela explique pourquoi elle revient sans cesse comme “la Ferrari la moins chère”. La répartition est instructive. En Europe, l’Italie concentre logiquement beaucoup d’annonces, avec aussi une présence notable en France, en Allemagne, en Suisse, aux Pays-Bas, en Belgique et en Espagne. Les prix d’entrée observés sur des annonces européennes peuvent commencer autour de 26 000 à 30 000 € pour des versions anciennes, et monter ensuite selon la version, l’état, le kilométrage et surtout la qualité du suivi.

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Cette Ferrari Mondial, avec 59 000 km, est actuellement à 44 900 €.
Aux Etats-Unis, il n’est pas rare de trouver des Ferrari Mondial T autour des 50 000 $

Mais l’élément le plus frappant, c’est le volume aux États-Unis. On y trouve à lui seul plus de cinquante annonces sous les 50 000 €, avec des prix parfois très agressifs et une quantité étonnante d’exemplaires bien présentés. Ce n’est pas incohérent : la Mondial a été largement pensée pour le marché américain, et ses versions découvrables y ont eu un vrai attrait. Résultat, le marché US regorge de Mondial, parfois peu roulées, parfois stockées longtemps. Cela peut donner l’illusion d’une affaire simple, mais c’est aussi un piège classique. Une voiture peu roulée peut être une excellente base… ou une voiture immobilisée qui demandera une remise à niveau sérieuse. Et quand on parle d’une Ferrari, une remise à niveau peut rapidement coûter plus cher que ce que l’on avait imaginé. Le prix bas attire, l’historique doit rassurer.

Le grand paradoxe : des Mondial “pas chères” et des Mondial vendues plus de 100 000 $

C’est peut-être l’évolution la plus intéressante pour raconter la Mondial. Pendant des années, elle a été la Ferrari qu’on trouvait “à prix cassé”. Et voilà qu’on observe, en parallèle, des ventes aux enchères spectaculaires sur certains exemplaires.

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Cette Ferrari Mondial T Cabriolet s’est vendue pour 140 000 $ en 2023.

Des Mondial T, en coupé ou en cabriolet, se sont vendues à des montants dépassant parfois largement les 100 000 dollars, avec des pics très élevés sur des voitures annoncées comme extrêmement originales, très peu kilométrées et irréprochables en historique. Ce ne sont pas les mêmes voitures que celles que l’on croise dans les petites annonces “tentantes”. Ce sont des Mondial d’exception, celles que le marché commence à considérer comme des pièces de collection cohérentes, parce qu’elles représentent la fin d’une époque, une configuration unique chez Ferrari, et souvent un niveau de préservation rare. Autrement dit, la Mondial est en train de devenir une Ferrari à deux vitesses. Il existe encore un monde où elle reste l’entrée de gamme accessible, et un autre monde où les meilleurs exemplaires, surtout les Mondial T, sont regardés avec une attention nouvelle. Le marché commence à trier.

Faut-il craquer ? Oui, mais pas pour les mauvaises raisons

La Mondial n’est pas un achat pour gagner un concours de popularité chez les puristes. Elle ne deviendra pas soudain une 308 ou une 328 dans l’imaginaire collectif. Elle restera une Ferrari singulière, parfois moquée, souvent mal comprise. Mais c’est précisément ce qui peut en faire un achat passionnant.

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Si l’on veut une Ferrari à vivre, à entendre, à manier, à partager, une Ferrari de l’ère Enzo, avec le charme d’une boîte manuelle et un V8 atmosphérique, tout en restant dans une enveloppe budgétaire qui, à l’achat, peut rester sous 50 000 €, la Mondial est probablement l’une des portes d’entrée les plus crédibles. La seule condition, et elle est non négociable, c’est la lucidité. On n’achète pas “une Mondial pas chère”. On achète un exemplaire précis, avec un historique clair, un entretien prouvé, et une réalité mécanique compatible avec son prix. La Mondial est une Ferrari qui pardonne peu l’approximation, mais qui récompense généreusement ceux qui la choisissent bien.

Au fond, la Mondial raconte une revanche lente : celle d’une Ferrari jugée sur ce qu’elle n’était pas, plutôt que sur ce qu’elle est vraiment. Et si le marché commence enfin à lui rendre justice sur les plus beaux exemplaires, c’est peut-être parce que beaucoup redécouvrent aujourd’hui ce que ses propriétaires répètent depuis longtemps : derrière la blague du “vilain petit canard”, il y a une Ferrari attachante, intelligente, et parfois étonnamment moderne dans sa philosophie.

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