
À l’ouverture de la saison 2026 des grandes ventes automobiles, une voiture attire tous les regards avant même le premier coup de marteau : une Ferrari F50 estimée entre 7 et 9 millions de dollars. Son objectif est clair, presque assumé : se rapprocher, voire dépasser, le record absolu établi récemment par la F50 ayant appartenu à Ralph Lauren. Le décor est planté à Phoenix, lors de la vente de la Longhorn Collection orchestrée par RM Sotheby’s, et l’enjeu dépasse largement le simple cadre d’une enchère prestigieuse.
Une F50 au cœur d’une collection hors norme
La Longhorn Collection est l’illustration parfaite de ce que le marché des voitures de collection peut produire de plus spectaculaire : neuf automobiles, un seul propriétaire, et une cohérence rare. Six Ferrari, deux Lamborghini et une Porsche sont proposées simultanément, une situation suffisamment exceptionnelle pour marquer le calendrier des enchères de ce début d’année. Mais dans ce rassemblement d’icônes, la F50 de 1995 occupe une place à part.


Produite à seulement 349 exemplaires pour célébrer les 50 ans de Ferrari, la F50 proposée ici est le 60e châssis assemblé. Affichant un kilométrage raisonnable de 8 195 miles (environ 13 200 km), elle se présente dans sa configuration la plus emblématique, Rosso Corsa sur intérieur Nero. Entièrement conforme à l’esprit du modèle, elle associe châssis carbone d’inspiration Formule 1, V12 atmosphérique de 4,7 litres et carrosserie signée Pininfarina.

L’histoire de cette F50 réserve aussi une anecdote pour le moins singulière. Après une première vie en Californie, elle est acquise en 1998 par John Carmack, cofondateur du studio id Software et figure majeure de l’histoire du jeu vidéo. À l’époque, Carmack est déjà mondialement connu pour avoir signé des titres cultes comme Wolfenstein 3D, puis surtout Doom et Quake, qui ont profondément marqué la culture populaire. Sous sa propriété, la F50 connaîtra une parenthèse aussi rare qu’atypique : elle sera équipée de deux turbocompresseurs par le préparateur Norwood Performance au Texas. Une modification spectaculaire… mais temporaire. Avant la revente, la voiture est intégralement remise dans sa configuration d’origine, respectant aujourd’hui scrupuleusement les spécifications usine, un point essentiel pour les collectionneurs.

Son estimation élevée s’explique aussi par son état irréprochable : une révision récente à six chiffres chez Ferrari of Newport Beach, incluant le remplacement du réservoir de carburant, ainsi qu’un ensemble d’accessoires rarissime, du toit rigide avec flight case aux célèbres chaussures de conduite Tod’s Ferrari F50. Autant d’éléments qui font de cet exemplaire bien plus qu’une F50 parmi d’autres, et justifient son positionnement entre 7 et 9 millions de dollars.
L’ombre du record de Ralph Lauren
Difficile d’évoquer cette F50 sans penser à celle qui détient désormais le sommet de la hiérarchie. En août 2025, la F50 commandée neuve par Ralph Lauren a été adjugée pour 9,245 millions de dollars, pulvérisant tous les précédents records du modèle. Cette voiture cumulait des arguments presque impossibles à réunir : une configuration rarissime en Giallo Modena, une provenance mythique, un état de conservation exceptionnel et une certification Ferrari Classiche irréprochable.

L’exemplaire de la Longhorn Collection ne partage pas la même couleur ni le même propriétaire illustre, mais il s’inscrit dans une dynamique similaire. À mesure que la F50 approche de ses 30 ans, sa cote est en pleine réévaluation. Longtemps coincée entre l’aura de la F40 et le prestige technologique de l’Enzo, elle est désormais reconnue comme un tournant majeur dans l’histoire des hypercars, à la frontière entre l’analogique et le moderne.
La vente qui raconte l’évolution du mythe Ferrari
Autour de la F50 gravitent d’autres pièces majeures qui renforcent le caractère historique de la vente. Une Ferrari LaFerrari de 2015, produite à 499 exemplaires, rappelle jusqu’où Ferrari est allé en matière de performance hybride avec ses 949 chevaux combinés. La Scuderia Spider 16M de 2009, hommage direct aux succès en Formule 1, souligne quant à elle la rareté des séries célébrant les titres mondiaux.

Les modèles plus classiques, comme la 328 GTB, la 575M Maranello ou la Superamerica, complètent le tableau en illustrant différentes époques du grand tourisme Ferrari, tandis que les deux Lamborghini Countach Bertone apportent une touche de brutalité italienne typique des années 1970 et 1980.
Une estimation qui dit beaucoup du marché actuel
Si RM Sotheby’s parvient à atteindre la borne haute de l’estimation, cette F50 s’installera juste derrière l’ex-Ralph Lauren dans la hiérarchie des ventes mondiales. Un symbole fort de l’évolution du marché des F50. Plus qu’une simple enchère, cette vente pourrait bien confirmer que la Ferrari F50 a définitivement changé de statut. De supercar longtemps sous-estimée, elle est devenue l’un des piliers du panthéon Ferrari, capable de flirter avec les sommets financiers autrefois réservés à des modèles intouchables. Le marteau de Phoenix dira si l’histoire est prête à s’écrire une nouvelle fois.