L’Instant Nostalgie n°8 : Alfa Romeo Montreal, je reviendrai à Montréal…

Je reviendrai à Montréal chantait en 1976 Robert Charlebois, l’un de nos plus célèbres chanteurs québécois, « revoir ce lac étrange, entre le cristal et le verre, où viennent se poser les anges ».

Si la beauté charmante des lieux aura été chantée ici, c’est à la beauté d’un modèle éponyme lui aussi issu des années 70 que nous nous intéresserons ici. Ce modèle, c’est l’Alfa Romeo Montreal. (sans accent, dans le nom du modèle…).

1 – Une histoire qui naît de l’autre côté de l’Atlantique

En 1967 se tient l’Exposition Universelle à… Montréal, évidemment ! Alfa Romeo décide de participer à cette gigantesque exposition à visibilité mondiale. Et tant qu’à faire, autant frapper fort ! Sur le thème de « Terre des Hommes, l’Homme, constructeur », la marque milanaise décide de présenter de quoi redorer son blason et marquer les esprits. Le but avoué ? Créer et exposer : « La massima aspirazione dell’uomo in fatto di automobili » , c’est-à-dire «La plus haute ambition de l’homme en matière d’automobile». La Montreal est en gestation…

Mais on connaît les contraintes de temps pour exposer un modèle en temps et en heure et, surtout (chez Alfa), les contraintes du budget. Aussi décide-t-on de partir de bases techniques éprouvées et d’une banque d’organes pré-existante. C’est ainsi que la marque italienne part de la base de la célèbre Giulia et confie le soin au carrossier Bertone, et plus précisément au jeune créateur Marcello Gandini, de réaliser une nouvelle carrosserie encore plus agressive. Ainsi naît un coupé tout à la fois sportif, puissant, statutaire et élancé. La Montreal est née !

Le prototype présenté fait l’unanimité. Les éloges pleuvent. Rien d’étonnant quand on sait que Gandini a aussi dessiné une certaine Lamborghini Miura, commercialisée quelques mois avant. D’ailleurs, quand on compare les deux modèles, on observe de nombreuses similitudes.

 Long capot, optiques plongeantes (grâce, chez Alfa, à des paupières de phares à ouïes donnant cette impression), pare-brise avant très incliné, un aspect sportif renforcé par une ligne de caisse assez basse et des surfaces vitrées réduites. Sans compter les écopes d’air situées derrière les portes. Une inspiration qui aurait pu être plus mauvaise, non ?

Malgré l’enthousiasme général, Alfa Romeo déclare que la Montreal n’est pas destinée à être produite un jour et restera un show-car. Une mauvaise habitude de la marque milanaise, qui donc, ne date pas d’hier, ni même de l’ère Marchionne…

2 – Du rêve à la réalité

Il s’en écoulera du temps pour que la Montreal devienne réalité. Très tôt en réalité, dès l’Expo Universelle de 1967, les dirigeants de la marque comprennent le potentiel du modèle et se laisseraient bien tenter par une mise en production pour faire de ce coupé rare un véritable porte-étendard. Mais les contraintes industrielles et techniques restent réelles. D’abord, il faut un moteur plus prestigieux que le simple 4 cylindres issu de la Giulia et présenté sur le prototype. Et on pense directement au V8. Mais il faut l’intégrer à une base technique qui n’est pas prévue pour (taille, intégration, effet de poids…).

Une adaptation qui nécessite de rehausser toute la ceinture de caisse et de revoir l’intégration des vitrages latéraux, donnant au final un coupé avec un nez assez haut perché et une garde au sol plus importante que la normale des coupés. Au final, toutes ces difficultés entraînent un développement (ou un retard, c’est selon…) de trois ans.

Ainsi, les premières voitures de série ne sortent d’usine qu’en 1971, juste après le salon de Genève. Malgré ces contraintes, la ligne originelle est presque intégralement préservée, et c’est très bien ! Voyez plutôt :

Notez aussi que, bien que sa carrosserie bénéficie d’écopes d’air latérales, comme vu plus haut, ce n’est pas un coupé à moteur central arrière mais un coupé à moteur en position centrale avant, avec une répartition des masses de 60 % sur l’avant et 40 % sur l’arrière…

Enfin, sachez que, pour la construction du véhicule en elle-même, les caisses étaient construites à l’usine de Caselle de la Carrozzeria Bertone avant d’être transportées à l’usine de Grugliasco où elles étaient peintes et équipées de leur intérieur et des accessoires. Elles rejoignaient ensuite l’usine d’Arese pour le montage des organes mécaniques, dont le moteur V8.

Retenez bien que la stratégie pour Alfa de monter sur un sublime coupé un moteur V8 dans le but de redorer son blason ressemble à s’y méprendre à la stratégie établie hier encore sur le sublime coupé 8C, non ?

3 – Moteur… action !

Sous le capot du beau coupé milanais, on retrouve donc un moteur V8 directement issu de la compétition et cubant 2,6 litres. La voiture est aussi équipée d’éléments modernes comme une boite manuelle ZF à cinq rapports entraînant les roues arrière (évidemment!), une boîte fiable à l’époque et connaissant peu de soucis, avec, notamment, une 1ère vitesse en bas à gauche et, donc, une 2e et une 3e, respectivement placées au milieu en haut et au milieu en bas, un avantage réel en conduite sportive, en comparaison de nos boîtes classiques toujours utilisées. Divers autres éléments techniques modernes étaient aussi utilisés sur la Montreal comme un allumage électronique ou une injection mécanique Spica, ce dernier élément ne faisant  malheureusement pas le succès et la réputation du véhicule, qui connaîtra de nombreux déboires sur son injection.

Mais au-delà de ces soucis de fiabilité inhérents aux italiennes de l’époque, le véhicule grisait son conducteur. En effet, le moteur V8 développait pour l’époque 200 ch (tout de même !), ce qui permettait à la voiture de titiller les 220 km/h (ah oui, quand même !) Encore fallait-il avoir l’audace de la pousser jusque là… Rares auront été les téméraires…

Enfin, sachez que si d’autres véhicules avaient des performances encore supérieures (Ferrari, Lamborghini ou les muscles cars américaines aux puissances délirantes), l’Alfa Romeo était aussi moins chère. Proposée à 60 000 Francs, elle est donc vendue à un tarif attractif. D’autant qu’elle était aussi plutôt légère, avec 1 270 kg tous pleins faits, pour une longueur totale de 4,22 m.

Et pour les clients avides de sensations fortes, sachez que certaines versions plus ou moins officielles se voyaient dotées d’un 3 litres par Autodelta la division « course » d’Alfa Romeo, portant leur puissance à 220, voire 250 ch… De quoi se faire bien assez peur…

Notons enfin que l’intérieur, bien que chaleureux et tourné vers l’esprit sportif, n’était pas jugé comme luxueux. Bien sûr, on retrouve une double casquette de compteurs impressionnante, une position de conduite assez basse dans le véhicule, des interrupteurs en guise de boutons sur la console centrale, sans compter la possibilité d’opter pour un volant en bois ou de l’alcantara pour la sellerie. Mais rien d’exclusif par rapport à d’autres coupés (beaucoup) plus chers… La Montreal est davantage un coupé bourgeois et confortable, conçu pour un usage quotidien malgré sa mécanique issue de la compétition et offrant un certain confort de marche. Un bon compromis, non ?

4 – Bilan des ventes : un échec ?

Au final, à partir de son lancement en 1971, et jusqu’à sa fin de carrière, seules un peu moins de 4 000 unités furent produites. Environ 3 737 modèles avec conduite à gauche et 180 avec conduite à droite. Un chiffre très peu élevé, qui peut aussi s’expliquer par la crise pétrolière survenue fin 1973 et qui ébranla le monde industriel occidental. Un véhicule comme la Citroën SM à moteur Maserati vit sa propre carrière stoppée net pour la même raison. Une carrière raccourcie, donc, pour le grand coupé milanais, qui vit l‘essentiel de ses commandes avoir lieu en 1972 puis, la réputation vorace du V8 décourageant les acheteurs (de toute façon peut-être davantage attirés par des modèles plus exclusifs et plus sportifs), la Montreal termine discrètement sa carrière avec une production au compte-gouttes en 1976-1977…

480 véhicules furent livrés sur le marché français, ce qui fait un véhicule rare et, aujourd’hui, d’exception. Avis aux collectionneurs (environ 25 000 € en excellent état…).

Enfin, je ne résiste pas à vous livrer cet extrait du film Marseille Contrat, tourné en 1974 (et que je ne connais pas) où l’on assiste pendant plus de 3 minutes à une impressionnante course, pour ne pas dire un ballet mécanique, entre une Porsche 911 et une Alfa Romeo Montreal. Rien que dans cet extrait on devine une Porsche plus agile et plus maniable et une Alfa plus lourde et statutaire. Mais che bella, y a pas photo…

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6 commentaires à propos de L’Instant Nostalgie n°8 : Alfa Romeo Montreal, je reviendrai à Montréal…

alexandre dit : S'abonner 13 October 2017 à 17 h 19 min
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J'aime beaucoup cette Alfa Romeo. J'ai eu la chance d'en démarrer une (+ petit tour sur le parking) dans un dépôt vente de voitures de collection. Le bruit du V8 est top ! Il y en avait aussi quelques unes à l'Autodrome Italian Meeting (dont il faut que je me dépêche à publier les photos).

    Loulo dit : S'abonner 14 October 2017 à 6 h 05 min
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    "avis aux collectionneurs (environ 25000 euros en excellent état)" Je dirais juste .... LOL ? en 2001 peut être ....

      Frederic B. dit : S'abonner 15 October 2017 à 20 h 49 min
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      Exact, c'est une erreur de ma part. Après vérification, on est plutôt aux alentours des 60 000€. Cela m'apprendra à ne pas avoir vérifié une information trouvée. Merci de la rectification :)

        Alexandre Filluzeau dit : S'abonner 15 October 2017 à 20 h 56 min
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        Celle que j'ai très rapidement essayé est à 79 000 € d'occasion http://www.le-musee.fr/vehicule/alfa-romeo-montreal

          Frederic B. dit : S'abonner 15 October 2017 à 21 h 06 min
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          Oui, 60 000€ est une fourchette basse. La plupart des exemplaires en vente officielle en occasion collection sont très bien entretenus et les tarifs peuvent même atteindre les 90 000€. Même si, à côté de cela, il doit aussi y avoir malheureusement beaucoup de véhicules en état moyen (voire mauvais), avec un manque de suivi du véhicule. Sans compter quelques perles qui pourrissent peut-être au fond de hangars humides...

            mafioli dit : S'abonner 16 October 2017 à 8 h 28 min
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            Il y a aussi la version sport... juste démentiel: https://www.youtube.com/watch?v=aXFm166ov-E

            • Alfa

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