[Mise à jour] Les tribulations de Fiat avec l’Empire du Milieu

Les dernières informations

Nous vous l’annoncions ici il y a quelques jours, les rumeurs sur un rachat partiel ou total du groupe FCA par un groupe chinois continuent d’agiter la toile. Faisons le point en ce 21 août.

Si le site Automotive News faisait état de différents repreneurs potentiels, force est de reconnaître qu’ils ont tous nié les uns après les autres avoir un tel projet. Ce fut d’abord Geely, propriétaire de Volvo, Proton et Lotus et actuel ogre du marché automobile mondial, qui commenta l’affaire en déclarant qu’il n’avait aucune intention de rachat de Fiat « pour le moment ».

Vint ensuite le tour de Dongfeng. Partenaire de PSA en Chine et actionnaire du groupe tricolore qui déclara dans la foulée n’avoir aucun projet d’acheter tout ou partie de son concurrent italien « à l’heure actuelle », d’après un porte-parole de Dongfeng, basé à Wuhan, ville abritant le siège social du constructeur. Même chose pour GAC, repreneur qu’on aurait pu penser le plus crédible vu sa proximité avec le groupe FCA. rappelons qu’il est en effet le partenaire de Fiat Jeep pour la production et la vente des modèles de la marque en Chine.

Ainsi, des 4 repreneurs potentiels cités il y a quelques jours, ne reste plus que Great Wall Motors, qui ne s’était jusqu’à lors pas exprimé. C’est chose faite en ce 21 août, date à laquelle ce groupe, inconnu chez nous mais écoulant plus d’un million de véhicules par an en Chine (des SUV et 4×4), aura déclaré que « Nous sommes assurément intéressés pour réaliser une acquisition » liée à FCA même si, pour l’heure, « cela reste une intention« , aucune offre formelle n’ayant été déposée. Tout cela d’après une porte-parole de Great Wall Motor auprès de l’AFP.

Le 7e constructeur de Chine ajoute par ailleurs qu'[ils vont] « agir de façon sérieuse (pour concrétiser) cette intention de rachat« , sans toutefois vouloir préciser si une future offre viserait tout ou partie du groupe FCA.

De plus, toujours selon le site Automotive News (décidément bien informé), Great Wall ne serait en réalité intéressé que par la marque de véhicules tout-terrain Jeep. Sa dirigeante, Wang Fengying, « est en contact » avec Fiat-Chrysler pour « entamer des négociations«  à ce sujet, ajoute le site.

Cependant, de son côté, FCA a affirmé en ce lundi dans un communiqué n’avoir « pas été approché par Great Wall Motor au sujet de la marque Jeep ou de toute autre affaire« . 

Et si Great Wall reprenait Jeep ? Quelles conséquences ?

C’est légitimement la question que l’on peut désormais se poser au vu des ambitions évidentes du constructeur chinois et de l’éternel besoin de cash du groupe FCA. Quelles conséquences aurait alors la vente de Jeep ? Là aussi, faisons le point.

Pour Great Wall

Pour cette illustre inconnue, les retombées seraient très positives. En effet, de par son positionnement sur le segment des 4×4 et autres SUV, mais incapable de se lancer à l’international, aux normes très strictes et où les origines chinoises des véhicules font fuir les clients, il se pourrait que Great Wall « préfère racheter«  la seule filiale Jeep « plutôt que de reprendre l’ensemble du groupe FCA » et les charges qui y sont associées, estime ainsi Bill Russo, directeur du cabinet Gao Feng Advisory et ex-patron de Chrysler en Chine.

Il ajoute par ailleurs que « Jeep est le bijou de Fiat-Chrysler (…) c’est une marque à forte valeur » et bénéficiant de longue date en Chine d’une réputation de qualité, car la marque s’y est implantée dès les années 80 et, malgré une destinée décevante face à Audi et Citroën qui s’y sont implantées à la même époque, elle reste une marque au fort potentiel et à l’image de robustesse et de solidité intacte.

Par ailleurs, Great Wall entend bien profiter d’une possible main basse faite sur Jeep pour consolider ses ventes en Chine où les ventes de 4×4 urbains ont le vent en poupe : elles s’y sont envolées de 45 % l’an dernier, à 9,05 millions d’unités, selon la fédération professionnelle CAAM.

Enfin, ce serait le moyen de mettre le pied sur le continent américain, très protectionniste, sans avoir à débourser de moyens colossaux. Se servir de Jeep suffirait, d’autant que Great Wall, qui cherche à monter en gamme, bénéficierait d’un rachat de Jeep qui lui permettrait de renforcer son image, observe John Zeng, analyste du cabinet shanghaïen LMC, cité par l’agence Bloomberg.

Le constructeur d’utilitaires Ram pourrait aussi être une option mais « Jeep est une marque mondialement connue. Je pense que Great Wall Motor a une stratégie mondiale et ne vise pas seulement les Etats-Unis », a ajouté Yale Zhang, qui dirige le cabinet de conseil Automotive Foresight, basé à Shanghai.

Reste à voir le prix de l’addition car, pour FCA, nul doute que son bébé américain vaut de l’or.

Pour le groupe FCA

On vient de le dire, pour FCA, tout dépend du prix. En tout cas, la vente de Jeep permettrait de renflouer le groupe et de relancer des marques en difficulté comme Chrysler et Dodge qui ne bénéficient plus de renouvellements importants et aux gammes éparses ou vieillissantes. FCA n’a semble-t-il pas les moyens de gérer de trop nombreuses marques en même temps. Sacrifier Jeep pourrait l’y aider.

En cédant Jeep, FCA « peut en tirer un très bon prix« , juge Bill Russo. Jeep seule est en effet estimée à environ 23 milliards d’euros, soit une fois et demi la capitalisation de sa maison mère, par Morgan Stanley dans une note récente, et donc davantage que sa valeur à l’intérieur du groupe actuel. Un pactole énorme pour le groupe !

Notons par ailleurs que la capitalisation boursière de FCA est estimée à environ 17 milliards d’euros alors que celle de Great Wall est légèrement inférieur à 14 milliards. Ainsi, loin de représenter la grenouille qui veut se faire aussi grosse que le boeuf, ce sont en réalité deux groupes de valeur financière comparable qui se font la drague. Même si FCA a vendu 4,7 millions de véhicules en 2016 dans le monde contre 1 million pour le chinois…en Chine ! Sans compter le bénéfice net du groupe chinois à 10,55 milliards de yuans (1,34 milliard d’euros), en hausse de 30,9 % sur un an.

De surcroît, le prochain plan stratégique 2018-2022, pourrait prévoir des cessions d’actifs, d’après une phrase de Marchionne à des analystes le mois dernier. Tout en soulignant que des marques comme Jeep, Ram, Maserati et Alfa Romeo pourraient avoir une existence indépendante, il a toutefois semblé écarter la vente pure et simple de l’une d’elles. Alors, que penser ? Toutes les cartes ont-elles bien été dévoilées ?

D’autant, et c’est peut-être le point à ne pas oublier, que Jeep (et Ram) sont des contributeurs MAJEURS aux profits du groupe et à ses activités en Amérique du Nord. La marque Jeep a aussi bien pris en Amérique du Sud, elle se développe en Europe et elle est désormais la seule favorisée en Asie. Elle écoule plus d’un million de véhicules annuels (1,4 million en 2016), a littéralement explosé sa croissance depuis 2009 et la reprise par Fiat et génère, non seulement une vente sur 4 du groupe italo-américain mais aussi une très grande partie des bénéfices de ce dernier.

Alors, un FCA sans Jeep a seulement 3,2 millions de véhicules annuels, en perte de parts de marché partout dans le monde, avec des bénéfices logiquement amoindris et une position encore plus délicate et qui décuplerait les envies des concurrents de dépecer l’actuel n°7 mondial ? Le remède ne serait-il pas pire que le mal ?

Quoi qu’il en soit, ces différentes informations enflamment le marché. A la Bourse de Milan, vers 12 H 00 GMT, le titre de FCA gagnait 3,64 % à 11,09 euros. 

4
Poster un Commentaire

avatar
3 Fils de commentaires
1 Réponses de fil
0 Abonnés
 
Commentaire avec le plus de réactions
Le plus populaire des commentaires
3 Auteurs du commentaire
Frederic.BFredoFrederic B.alexandre Auteurs de commentaires récents
  S’abonner  
plus récent plus ancien Le plus populaire
Notifier de
Alexandre F.
Administrateur

Si Jeep était vendue, je me pose quand même la question des technologies partagées avec Fiat : plateformes, usines, uconnect… A suivre au prochain épisode.

Frederic B.
Invité
Frederic B.

C’est vrai que cela reviendrait à lâcher la poule aux oeufs d’or et à laisser les autres profiter des fruits d’un travail de longue haleine de partage des composants, sites d’assemblage, moteurs.. Cela me parait vraiment étrange..

Fredo
Invité
Fredo

Mieux vaudrait sacrifier un Chrysler moribond en le cédant à un constructeur chinois désireux de s’implanter aux USA que de vendre l’une des meilleures marques du groupe FCA pour éventuellement réussir un pari très incertain.

Frederic.B
Invité
Frederic.B

Je suis d’accord avec toi, c’est aussi ce que j’ai pensé. Pour moi, Chrysler a un sens comme marque généraliste, couvrant tout un segment familial et intermédiaire, plus accessible que les sportives Dodge. C’est d’ailleurs pour cela que la fusion avec Lancia me paraissait intelligente car j’aimais le positionnement de Lancia comme marque généraliste semi-premium, positionné entre les petites Fiat et les (surtout aujourd’hui) haut de gamme Alfa Romeo. D’ailleurs, il y a un trou béant entre Fiat et Alfa, qui n’est comblé par rien. Quoi qu’il en soit, la fusion avec Lancia ayant avortée et FCA ne sachant visiblement pas quoi faire de Chrysler, une revente de cette marque serait peut etre le meilleur plan… Mais je n’y crois pas trop.