L’instant Nostalgie n°6 : Fiat 500 « Topolino », l’éternelle petite souris

Dans les années 30, l’Europe est en grand danger. La crise économique consécutive au krach boursier de 1929 connait des répercussions jusqu’en Europe et la montée du chômage, alliée à des discours populistes, à un retour à des nationalismes conséquence d’un règlement inadéquat de la 1ère Guerre Mondiale, à des divisions politiques et à la peur de l’invasion communiste conduisent à l’arrivée au pouvoir d’hommes et de partis brutaux qui promettent le retour à l’ordre et à l’autorité, désignant des responsables, renforçant en parallèle leur propre pouvoir, et qui souhaitent refaire de leur pays de grandes puissances, économiquement mais aussi militairement. C’est ainsi qu’apparaissent des hommes comme Hitler en Allemagne dès 1933 mais aussi, dès 1922, Mussolini en Italie, pays qui est alors une monarchie.

Genèse de la Topolino : l’histoire dans l’Histoire

La Fiat 500 (tel est son nom officiel), c’est alors un projet décrété par Mussolini, l’homme fort de l’Italie. En 1930, le Duce convoque le sénateur du Royaume italien et fondateur de Fiat, le puissant Giovanni Agnelli, pour l’informer de l’« urgente nécessité » de motoriser les Italiens avec une voiture économique dont le prix ne devrait pas dépasser 5 000 lires.

A l’époque, la Fiat la moins chère du marché est alors la 509 Balilla (la célèbre voiture de Gaston Lagaffe), vendue 10 000 lires.

Mais Mussolini veut sa « voiture du peuple » qui sera destinée à motoriser les Italiens. Giovanni Agnelli ne ressort pas satisfait de son rendez-vous, qu’il voit comme un ordre et une charge dont il se serait bien passé. Mais il ne peut y échapper. A Turin, deux stratégies s’affrontent, la première considérant que le but pourrait être atteint avec des technologies et des schémas déjà utilisés sur d’autres modèles Fiat, une stratégie de limitation des coûts alors évidente, la seconde considérant au contraire qu’il faudrait confier cette tâche à un ingénieur extérieur, Oreste Lardone en l’occurrence, habile ingénieur qui avait déjà réalisé un très remarqué prototype de petite voiture chez Itala, un projet intéressant au vu de la grosse charge de travail et des projets qui occupaient alors le bureau d’études de Fiat.

Mussolini et Giovanni Agnelli en 1932 à Turin

Un premier projet jamais né

L’ingénieur Lardone, recruté, pense de suite à un véhicule 4 places, au moteur refroidi par air et à l’architecture de traction avant.

En 1931, le premier prototype est essayé. A bord, G. Agnelli, mais aussi le pilote et le concepteur. Tout se passe bien et Agnelli est impatient de pouvoir communiquer la bonne nouvelle au Duce. Las, après la montée du Cavoretto, une côte fort raide, le moteur prend feu (à cause d’une fuite de carburant), obligeant tout le monde à mettre pied à terre. Agnelli est furieux et se jure de ne plus jamais avoir recours à la traction avant. L’ingénieur Lardone est licencié sur le champ.

Le projet reprend sans grand enthousiasme mais Mussolini se charge de rappeler sa demande dès 1932. C’est un certain Dante Giacosa qui va alors reprendre la mise au point du projet de cette voiture de moins de 5 000 lires, l’équivalent alors d’un an de salaire d’un ouvrier italien. En 1936, le véhicule définitif fut présenté au Salon automobile de Turin. La 500 était née.

Et la petite 500 devint… la star Topolino !

A l’époque, la 500 est toute petite (3,22 m alors que la Renault 4 CV fait 3,60 m) et coûte 8 900 lires (soit 20 mois de salaire d’un ouvrier), donc au-delà du cahier des charges initial. Malgré tout, elle incarne rapidement le symbole de l’ascension sociale. De plus, elle a une bonne bouille et en impose même un peu avec sa large et très haute calandre avant en forme d’écusson. Elle dispose aussi de freins à commande hydraulique, d’un circuit électrique de 12 volts, de suspensions arrière indépendantes et d’un moteur de 560 cm3 (d’où son nom), dont les quatre-cylindres développent… 13 ch !

Enfin, elle gagne bien vite son surnom de « Topolino » (ce qui signifie « petite souris » en italien), nom qui était alors aussi celui donné à Mickey en Italie et véritable star intercontinentale.

A peine sortie en Italie qu’elle attire déjà les clients, bien sûr, mais aussi les fous du volant (qui n’hésitent pas à l’aligner dans les Mille Miglia dès 1939), tout comme les importateurs étrangers. En effet, à l’époque, les droits de douane prohibitifs interdisent quasiment de fait toute vente à l’étranger sauf à passer par des importateurs qui se chargent de la fabriquer sur place sous licence. C’est ainsi qu’en France, un certain Henri Théodore Pigozzi, un ancien récupérateur de métaux devenu distributeur de la marque turinoise, fonde la Société industrielle de mécanique et de carrosserie automobile (Simca) pour fabriquer des Topolino sous licence, à Nanterre, sous le nom de Simca 5 qui sera, quelques années avant la Renault 4 CV, l’une des premières vraies voitures accessibles en France, dont on verra les premiers exemplaires circuler lors des premiers congés payés institués par le Front populaire en 1936. Toute une époque !

Et la star revint après la guerre !

De 1939 à 1945, la production fut réduite à peau de chagrin, les usines étant entièrement tournées vers l’effort de guerre et les consommateurs ne pouvant guère s’offrir un véhicule par ces temps de pénurie, de travail, de deuil et de peur. On notera d’ailleurs que, au lendemain de la guerre, Giovanni Agnelli est accusé de compromission avec le régime de Mussolini, et se voit privé temporairement de ses sociétés. Il disparaît peux de temps après, le 16 décembre 1945, d’une pneumonie, à l’âge de 79 ans, avant d’être réhabilité de ses accusations. C’est alors son petit-fils Giovanni (mais dénommé Gianni) qui lui succédera.

Quoi qu’il en soit, la « nouvelle » Topolino, officiellement dénommée 500B, est dévoilée au Salon de Genève de 1948. Plus affûtée techniquement (16,5 ch contre 13 ch auparavant), plus confortable, plus rapide (vitesse maxi de 95 km/h contre 85 auparavant) mais ne s’en différenciant pas stylistiquement, elle est surtout accompagnée de nouvelles déclinaisons de carrosserie, telle la version Giardiniera, un petit break à 2 portes avec une coque en acier et des panneaux latéraux de bois.

500B Giardiniera

Mais c’est surtout lors du salon de Genève de 1949 que les changements cosmétiques vont s’avérer plus profonds. La nouvelle version, qui prend le nom de 500C, voit sa face avant totalement modifiée. Elle est plus carrée, presque sans calandre (certains diront sans charme). Elle est aussi plus puissante et plus confortable. Heureusement, elle dispose d’une capote facile à manier qui en fait une vraie voiture « découvrable ». C’est par ailleurs cette dernière version 500C qui fut la plus vendue, malgré sa présence plus courte sur le marché (de 1949 à 1955 seulement). La raison ? Nous sommes au début des années 50, on en a terminé avec la guerre et  l’économie reprend un peu partout en Europe.

La Topolino (surnom qui n’a jamais été officiel), dans sa version 500C, se paye même le luxe d’offrir ce que ne proposent pas les autres, comme le chauffage en série (alors qu’il était en option sur les voitures étrangères de milieu de gamme) et même de multiplier les carrosseries. La Giardiniera est bien sûr de retour, quoique remplacée dès 1951 par la Belvedere qui gardait le même style général mais qui offrait une carrosserie entièrement métallique avec une simple décoration façon bois. En effet, cela permettait de résoudre les problèmes de rigidité et d’entretien coûteux du véritable bois de la version Giardiniera. Enfin, une version Fourgonnette vit aussi le jour, pratique pour les marchands et artisans divers.

Bilan des ventes

Au global, dépassée par des modèles de conception plus récente, la première 500 – et désormais célèbre Topolino – voit sa production cesser en 1955, après plus de 500 000 unités fabriquées sur le seul territoire italien. Avec des ventes qui se décomposent comme suit :

  • 122 213 exemplaires pour la 500 Topolino A, de 1936 à 1948 ;
  • 21 263 exemplaires pour la 500 Topolino B, de 1948 à 1949 ;
  • 376 371 exemplaires pour la 500 Toplino C, de 1949 à 1955.

Finalement, à partir des années 50, il faut innover et la Topolino ne peut plus représenter l’avenir. Le professeur Vittorio Valletta, qui dirige alors Fiat (Gianni est encore trop jeune) charge un certain… Dante Giacosa (qui fut à l’origine de la Topolino), alors patron du bureau de conception Fiat, de réaliser une nouvelle petite voiture. Sa création ? La célèbre Fiat 600, dévoilée en 1955, avant la 500 en 1957… Mais c’est une autre histoire…

Survivre par les arts

La Topolino a marqué toute une époque ainsi que les esprits. Elle se retrouve ainsi dans des arts différents, comme témoin et révélateur de son temps. C’est ainsi que l’on pourra par exemple croiser une 500 Topolino A de couleur bleue dans l’album de Spirou « Mystère à la frontière ». D’abord voiture de l’inspecteur Coutsan, elle sera « empruntée » par les trafiquants d’héroïne, puis récupérée par Spirou et Fantasio pour une poursuite mémorable, comme vous pouvez le voir dans la vignette ci-dessous. Une scène célèbre pour les fans du groom et de son ami, reproduite d’ailleurs en figurine de collection.

Plus récemment, c’est dans le célèbre Cars 2, que la mythique Topolino des années 30 a fait une apparition, à travers le « personnage » de Oncle Topolino, qui tient la boutique de pneus du village et oncle préféré de Luigi, représenté, lui, sous les traits de la petite 500 de 1957 ! 

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1 commentaire à propos de L’instant Nostalgie n°6 : Fiat 500 « Topolino », l’éternelle petite souris

alexandre dit : S'abonner 3 August 2017 à 9 h 06 min
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Super article sur l'histoire de la Fiat Topolino, j'ai pris bcp de plaisir à le lire :)

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