FCA : vers un nouveau « Dieselgate » ?

FCA US

Je vous l’annonçais comme l’un des dossiers à surveiller pour l’année 2017 via le bilan 2016. Il n’aura pas fallu attendre plus de quinze jours pour voir le dossier resurgir férocement. En effet, ces dernières heures, les suspicions de triche sur les moteurs diesel du groupe FCA vendus aux USA ont rebondi et commencent à faire des vagues.

De quoi parle-t-on ?

Il s’agit de révélations faites par l’EPA, la très puissante Agence de Protection de l’Environnement américaine qui accuse Fiat d’avoir truqué entre 2014 et 2016 certains moteurs diesel aux Etats-Unis. Une affaire qui rappelle évidemment le fameux « Dieselgate » éclaté à l’automne 2015 et pour laquelle VW a déjà provisionné 20 milliards de dollars en guise de compensations ( dont 4,3 milliards récemment pour mettre fin aux poursuites au pénal).

Ici, 104 000 moteurs diesel seraient concernés. Des Jeep Grand Cherokee et des pick-ups Ram.

L’EPA a déclaré «Le fait de ne pas révéler l’existence d’un logiciel qui affecte les émissions du moteur d’un véhicule constitue une violation grave de la loi […] Toutes les entreprises doit respecter les mêmes règles».

Marchionne : une réaction immédiate… et tranchante !

Tout d’abord, et dès ce jeudi 12, alors que l’affaire rebondissait, le groupe FCA US a immédiatement réagi dans un communiqué et affirme ainsi que le groupe FCA a passé «des mois à produire des volumineux dossiers pour répondre aux requêtes de l’EPA» et n »hésite pas à ajouter, en guise de bonne foi, qu’il attend «avec impatience de pouvoir démontrer […] que [sa] stratégie de contrôle des émissions est correctement justifiée et ne s’apparente pas à un logiciel truqueur».

Cependant, la Bourse s’est nettement affolée concernant les valeurs du groupe, perdant 16 % à la bourse de Milan et 10 % à Wall Street.

Une tempête suffisamment importante (à tout le moins médiatiquement pour l’instant) pour inciter le grand patron du groupe, Sergio Marchionne, a en aller de sa déclaration, voire de sa petite phrase, déclarant derechef que «nous n’avons commis aucune fraude. Notre cas n’est en rien similaire à celui de Volkswagen. Nous ne permettrons à personne de mettre en cause la moralité de notre entreprise.», précisant ensuite que «Volkswagen a monté un dispositif qui était en mesure de distinguer quand le véhicule se trouvait en phase de test et quand il se trouvait sur la route. Notre logiciel se comporte toujours de la même manière. […] Il faut avoir fumé quelque chose d’illégal pour comparer notre situation à celle de Volkswagen.»  Au moins, c’est dit !

Quelle suite maintenant ?

Tout d’abord, la Bourse semble s’être reprise depuis, à la lueur d’une possibilité d’accusation de fraude volontaire qui ne serait pas retenue.

Par ailleurs, les analystes interrogés ont calculé que seuls 104 000 véhicules sont concernés contre les quelque 560 000 de Volkswagen. Ainsi, l’affaire (si affaire il y a) serait de moindre envergure et l’amende (si amende il y a) serait donc inférieure. Cependant, la puissance des deux groupes n’est pas la même non plus et une pénalité financière serait de toute façon déséquilibrante structurellement et désagréable médiatiquement

C’est dans cette perspective de limiter la casse au maximum que l’on peut donc songer à la nouvelle administration américaine – l’administration Trump – qui remplace l’ancienne – l’administration Obama. Même si Marchionne et Obama ont visiblement entretenus de bons rapports, c’est désormais avec Trump qu’il faut traiter et le groupe ne se prive pas de le rappeler en écrivant dans le communiqué de jeudi édité par FCA US qu’il a hâte de s’expliquer auprès de la «future administration».

Une affaire politique qui dépasse FCA ?

Bien sûr, nous n’en sommes pas à ce stade mais, là encore, Marchionne y est allé de sa déclaration, exprimant ses doutes quant aux motivations liées à cette affaire, déclarant : «C’est sûr que le timing est surprenant. Il apparaît évident que quelqu’un de l’EPA devait boucler le dossier, faire le ménage sur son bureau avant l’arrivée de la nouvelle administration.», mais concluant ensuite par un : «Je veux croire que ce n’est pas une affaire politique. Chrysler doit sa renaissance aux choix d’Obama»

Une déclaration suffisamment forte pour contraindre le porte-parole de Barack Obama de réagir dès ce vendredi matin : «Les décisions de l’EPA sont prises par les fonctionnaires de l’EPA. Point final. Je n’ai pas connaissance d’une implication de la Maison Blanche sur cette affaire.»

Toujours en ce vendredi, la presse italienne ne semble pas vraiment douter des dessous politiques de l’affaire, en expliquant que FCA pourrait se retrouver coincé dans un bras de fer entre l’administration Obama, soucieuse de marquer définitivement sa volonté de respecter l’environnement, et l’administration Trump qui vient de nommer un climato-sceptique à la tête de l’EPA. Une vision des choses qui fait dire au journal La Repubblica que Marchionne pourrait ainsi trouver une oreille attentive dans les semaines et mois à venir à Washington, d’autant que les rapports entre FCA et Trump semblent pour l’instant bien partis car, alors que le nouveau président des Etats-Unis s’en est récemment pris aux investissements de Ford et Toyota au Mexique, menaçant de faire payer de lourdes taxes à l’entrée sur le territoire américain des véhicules produits de manière délocalisée, FCA a évité les critiques (pourtant possibles au vu de la production du futur Compass au Mexique) en déclarant vouloir investir 1 milliard de dollars dans l’Ohio et le Michigan avec 2 000 emplois à la clé. Une décision saluée immédiatement par Trump sur Twitter, son mode de communication préféré, avec un «Grazie Fiat» et Marchionne lui répondant   «On le devait au pays…». Pour un peu, on en pleurerait…

Demeure de toute façon un ultime problème malgré la volonté de bons rapports avec l’administration centrale américaine  : Carb . Cette agence environnementale californienne agit parallèlement à l’EPA. «C’est une agence très puissante, d’un Etat gouverné par le démocrate Jerry Brown», rappelle la Repubblica. «Si l’EPA devait retirer ses accusations contre Fiat, il n’est pas sûr que la Californie, qui est le plus gros marché automobile des Etats-Unis, soit d’accord.»

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4 commentaires à propos de FCA : vers un nouveau « Dieselgate » ?

mafioli dit : S'abonner 18 January 2017 à 11 h 07 min
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LA stratégie US c'est dès qu'un constructeur mondial commence a faire de l'ombre aux constructeurs US, hop on sort du chapeau un scandal. On le voit avec Toyota, vw et maintenant FCA. Ca les arrange bien vu qu'ils ne sont pas capable de faire des voitures qui s'exportent, ils doivent bien défendre leurs pré carré... et c'est pas fini vu la tournure des événements politiques. De plus ils font des voiture médiocres, pour avoir la même puissance qu'un v6 de 3 litres européens, ils ont besoin de v8 ou v10 de 6 litres pour avoir un équivalence... Ils sont nul. Et ils feraient mieux de se la fermer avec FCA car c'est Marchionne qui a sauver des milliers d'emplois au US en sauvant Chrysler, jeep, dodge, RAM ... Qu'ils se la ferment. Evidemment nos amis teutons en profite de suite pour aller pleurer chez a Bruxelles... BOUHOUHOU ils ont trichés les italiens... Méchants!! Quelle hypocrisie... Pathétique!

    Frédéric B. dit : S'abonner 18 January 2017 à 12 h 37 min
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    @ mafioli : Je ne conteste pas les tendances protectionnistes des Américains (et tant mieux !) mais très honnêtement, ce scénario ne tient pas la route puisque FCA est considéré comme américain justement ! Quelle serait la logique d'abattre un constructeur qui a été sauvé par la même administration Obama ?En ce qui concerne la mauvaise qualité américaine, n'exagérons rien, nous ne sommes plus dans les années 90-2000. Elles on,t beaucoup progresser. Et ne consomment pas que des V10. Certes avec le bas prix du baril, c'est ce qui se vend mais les Américains aiment aussi les moteurs moins gourmands. Si le prix du pétrole bouge, on verra la tendance à ces petits moteurs s'accentuer à nouveau. La différence, c'est que structurellement, l'Américain est porté sur le V6 comme l'Européen est porté sur le 1.5 diesel. C'est ainsi, c'est culturel...Concernant les emplois sauvés, euh... oui, mais combien de gens sont restés sur le carreau en parallèle ? Et l'administration Obama a bien agi / négocié avec Fiat pour redresser la barre mais Fiat n'a pas tout fait tout seul. Et a au contraire bénéficié d'un désastre pour tout racheter, y compris des licenciements massifs et des usines définitivement fermées pour repoartir sur de bonnes bases ensuite.

      mafioli dit : S'abonner 18 January 2017 à 14 h 13 min
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      FCA à son siège à Londre et appartient à Exor holding italienne... mais bon, bref. Ecoute si Fiat n'avait pas été là et bien les employés de Chrysler seraient tous au chomage. Fiat a su profiter de l'occasion et en même temps a sauvé des usines et donc des emplois, on ne peut pas le nier. Obama en a profiter pour sauver le secteur automobile ricain qui menaçait de s'effondrer et de disparaitre purement. Une des raison étaient l'obsolescence des modèles ricains qui étaient resté figés dans le passer avec des moteur genre 20l/100... les gens ne voulaient ou pouvaient plus se les payer...et fiat est venu au bon moment.Les américains magouillent sans arrêt pour gagner des part de marchés. Dans ce cas là ils ne s'attaquent pas a Chrysler qui ne vend pas de Diesel mais de Fiat qui devient trop envahissant. Il savent d'avance que les Komissaire de l'europe par ricochait vont faire le boulot pour eux (se sont d'ailleurs le gouvernement Allemand qui a saisi l'union)...affaiblir la filiale italienne permettrai au ricain de reprendre le contrôle de FCA en évinçant Marchionne.Les voitures américaines ont 10 ans de retard sur les européennes en terme de qualité et de finition. Tu n'as qu'a voir les intérieurs d'une Camaro ou d'une challenger... rien que pour ça je peux pas... ils ont prgressé en motorisation grace aux transferts de technologie du aux fusion avec les européens ou a des collaborations avec d'autre, sinon on e serai encore au v10 dans de 6l dans des pickup de montagne...

        Frédéric B. dit : S'abonner 18 January 2017 à 17 h 19 min
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        Certes, je te concède que si Fiat n'avait pas été là, Chrysler aurait pu disparaître totalement. Ou plus sûrement aurait été démembré, chaque part étant vendue au plus offrant. Avec Fiat, le deal était gagnant-gagnant car la totalité était reprise mais délestée de son lourd passif, de milliards de dettes et de dizaines de milliers d'emplois également, c'est ainsi. Fiat n'est pas venu en Messie mais en habile négociateur. Business is business. Mais pour Fiat le filon a d'autant été meilleur que la trésorerie de l'américain a renfloué la firme italienne par la suite : Gagnant-gagnant.Je ne partage pas la vision "complotiste" qui consiste à voir les Américains chercher à "magouiller sans arrêt" pour reprendre la main en parts de marché. Il suffit de voir les phénoménales parts de marché des marques japonaises, allemandes et sud-coréennes là-bas. Si volonté de "magouilles" il y a eu, avouons au moins que ça n'a pas pris au vu de l'excellente réputation desdites marques étrangères sur le sol américain.Alors, que les Américains cherchent à reprendre la main en proposant des produits plus compétitifs, c'est bien normal, c'est le jeu de la concurrence. Et les américaines d'aujourd'hui n'ont finalement pas grand-chose à envier aux médiatiques allemandes en terme de qualité et de finition (Cadillac). Seule l'image est largement écornée et c'est le plus dur à rattraper... Même des voitures plus populaires sont très compétitives (Chevrolet, Jeep par exemple...) face à des européennes ou japonaises (Nissan...)Mes propres parents ont acheté (sur mes conseils d'ailleurs) une Chevrolet il y a quelques années et, si la finition n'est pas forcément celle d'une VW, le prix n'est pas le même non plus et la voiture ne leur a jamais posé le moindre pépin, ni mécanique, ni électronique. On peut donc parler d'une qualité intrinsèque très satisfaisante. Je ne confonds pas qualité visuelle et qualité profonde. Quant aux moteurs américains, eux aussi sont aujourd'hui en bonne partie à la page (l'Ecoboost de Ford n'a rien à envier aux autres par exemple), même de plus gros moteurs comme le V6 Pentastar par exemple est très concurrentiel.Mais en tout cas, si les Allemands semblent chercher des poux dans la tête de Fiat, rien n'est encore fait à ce sujet. Il y a loin de la coupe aux lèvres et les Italiens se défendront. Attention à l'effet boomerang pour les Allemands. A mon avis, nous n'avons pas fini avec ce scandale du diesel et tout le monde va y laisser des plumes...Enfin, permets-moi de ne pas partager ta vision qui consiste à penser que les Américains cherchent à affaiblir la filiale italienne pour se débarrasser de Marchionne. D'une, même si les diesel sont d'origine "italienne" et non "américaine", ce sont bien sur des modèles américains qu'ils sont installés et ce sont ces marques américaines qui vont souffrir médiatiquement. Les médias ne titrent pas "les moteurs diesel de Fiat installés dans les américaines" mais "les diesels installés chez Jeep et Ram". De Deux, c'est le "diesel" en général qui est visé, je ne suis pas sûr que l'origine nationale du produit y soit pour quelque chose. De trois, je vois mal en quoi cela affaiblirait Marchionne, qui n'est pas homme, tu l'avoueras, à laisser sa place sous la pression d'un groupe environnemental (car le scandale n'est pour l'instant pas le même, ni dans sa nature, ni dans ses proportions (mais attendons de voir la suite, j'en suis conscient...))Mais nous ne serons certainement pas d'accord encore une fois. C'est ainsi ;-)

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