Histoire de fusion : Marchionne ferait-il le forcing auprès de GM ?

sergio-marchionne-min-min

C’est un peu l’impression que l’on a après la parution des derniers rebondissements dans cette arlésienne la fusion voulue par Marchionne.

Où en sommes-nous ?

Après les derniers rebondissements  sur la fusion, de nouvelles péripéties viennent s’ajouter aujourd’hui. Selon le Wall Street Journal, Marchionne se rapprocherait d’investisseurs activistes de chez GM. Il espère que ces derniers pourraient mener la fronde et forcer GM à réviser sa position. Marchionne s’appuie en effet sur une mini-révolte de ces investisseurs il y a quelques mois qui avaient contraint GM à racheter pour 5 milliards de dollars d’actions (et donc à payer 5 milliards de dollars à ces actionnaires spéculateurs et activistes). Marchionne sait que l’actionnariat de GM est très éclaté et moins solide que les autres groupes automobiles, ce qui pourrait l’arranger en fragilisant le n°1 américain.

Le DG du groupe voit cette manoeuvre comme un moyen de consolider un secteur automobile trop éclaté et trop peu rentable selon lui. Rappelons-nous qu’en mars dernier, alors interrogé sur un rapprochement avec GM, Marchionne avait déclaré : «Nous n’avons aucune restriction, aucune barrière, l’objectif est d’économiser le plus d’argent possible dans le développement de nouveaux modèles. En fait, nous discutons tout le temps entre nous mais il n’y a rien de concret pour le moment. Mais c’est techniquement faisable».

Pourquoi GM alors ?

C’est un peu la question que l’on peut se poser quand on sait que FCA est déjà très largement implanté en Amérique du Nord, terre de naissance et donc de concurrence de General Motors. Marchionne ne précise pas vraiment sa pensée ce 9 juin au forum italo-américain de Venise où il déclare laconiquement qu’ «  il y a un groupe d’investisseurs favorables à une consolidation du secteur automobile, même si le dialogue n’a pas encore été ouvert  » sans préciser davantage. Cependant des membres du groupe ont rajouté que « L’aspect culturel est fondamental : après avoir fait celui avec Chrysler, un rapprochement avec GM serait plus facile que d’autres options ». Autrement dit, Fiat apprécie et réussit de travailler avec les Américains.

Au sujet d’un hypothétique autrepartenaire tel PSA Peugeot-Citroën, Marchionne déclare qu’« ils offrent un potentiel limité, car ils ne sont pas présents aux Etats-Unis. Or, il faut des superpositions, sinon les synergies sont limitées. Il faut le plus haut niveau de superpositions pour avoir le maximum de réduction de capital».

Et pourquoi une nouvelle fusion ?

Dans un récent mémo intitulé « Confessions d’un « capital junkie » » et publié le 29 avril, Marchionne réitère sa volonté de consolidation du secteur. Pour lui, une nouvelle fusion de FCA pourrait entrainer des synergies à hauteur de 4.5 milliards d’euros par an car pour lui le niveau de dépenses en recherche et investissement est tout simplement insoutenable au vu du manque de retour sur investissement. Il dénonce sans détour « une industrie automobile droguée par un recours extrême aux investissements au point que, très souvent, un produit en fin de cycle n’est pas parvenu à rémunérer le capital investi pour qu’il voie le jour ». En revanche, il s’empresse de rassurer son auditoire en déclarant qu’il ne s’agit pas d’ «un prétexte pour mettre en vente FCA». On en doute un peu quand même.

Avec 4.65 Millions de véhicules écoulés l’an dernier, FCA serait donc encore trop petit pour Marchionne car le groupe pèse moins de 10% du marché mondial. Pour lui, la frontière des 10 Millions de véhicules par an est primordiale (et non plus 6 millions annuels comme annoncé il y a quelques années). D’autant qu’au premier trimestre, la marge opérationnelle de son groupe en Amérique du Nord se limitait à 3,7%, soit la moitié de celle de GM.  L’iconoclaste patron va même plus loin en déclarant voir l‘avenir automobile construit autour de trois grands pôles pesant 15 millions de véhicules chacun. Toyota, Volkswagen et … GM pèsent déjà chacun autour de 10 millions de ventes annuelles. Fiat resterait donc dans cette optique un nain automobile qui aurait du mal à survivre.

Pourquoi douter encore de ce projet ?

On peut tout d’abord douter par le refus catégorique de Mary Barra à ce sujet. Cette dernière a d’ailleurs redit il y a quelques jours que son groupe n’avait pas besoin d’une fusion, arguant qu’il avait « l’échelle suffisante », avec 10 millions de véhicules vendus par an, pour se développer seul et que le groupe avait déjà « mis à profit les opportunités de bénéficier de partenariats ». Circulez, y a rien à voir, peut-on en conclure…

On peut aussi douter de GM car on connait le goût de Marchionne pour le poker et des rumeurs insinuent que cette affaire ne serait qu’un contre-feu destiné à se protéger le temps des véritables négociations avec d’autres groupes, comme Volkswagen (mais on connait l’aversion mutuelle des deux dirigeants concernés) ou Tesla (très à la pointe en technologie propre mais pesant infiniment peu en termes de ventes).

«  C’est un métier difficile : je suis le seul à avoir l’honnêteté intellectuelle de le reconnaître » finit par confier Marchionne. On n’en doute pas….

sources : les Echos, Le Monde, La Tribune, L’Express, Le Figaro.

Poster un Commentaire

avatar
  S’abonner  
Notifier de