L’Instant Nostalgie n°14 : Alfa Romeo 90 : étoile filante

4 ans. Durée de vie de modèles récemment disparus comme la Fiat 124 Spider ou l’Alfa Romeo 4C Spider. Des modèles plaisirs et marginaux dans les ventes. Des modèles qui passent comme des météorites dans le ciel de l’automobile. à l’heure de la rentabilité à tout prix et de la SUVisation pachydermique de notre PAF.

Pourtant… Ce fut aussi le cas il y a 30 ans pour un modèle de grande berline qui traversa elle aussi le paysage automobile français à la vitesse de l’éclair et sans grand éclat. Elle, c’est l’Alfa Romeo 90. Retour sur une voiture méconnue.

Qui est-elle ?

L’Alfa Romeo 90 a été lancée en 1984 pour remplacer la très vénérable Alfetta.  Alfa Romeo est, dans les années 80, dans une situation compliquée pour ne pas dire désastreuse. Entreprise d’Etat qui ne veut pas injecter de liquidités nouvelles, pas encore rachetée par Fiat, prise dans des décisions hasardeuses comme la collaboration avec Nissan qui déboucha sur la mièvre Arna, le Biscione va mal.

Il fallait remplacer alors l’Alfetta qui avait 12 ans d’âge et la Giulietta II et ses déjà 7 ans au compteur. Le bureau d’études lance la conception d’une nouvelle plate-forme destinée à remplacer ces deux modèles milanais. Las, réduction drastique des coûts oblige, on décide finalement de repartie sur la même plate-forme vieillissante de l’Alfetta, mais renforcée pour supporter un poids plus important et un moteur V6 absent sur l’Alfetta. Et ce n’est pas tout ! Coque, moteurs, composants, beaucoup de l’Alfetta est recyclé.

Finalement, seul le dessin est renouvelé et confié à Bertone. Il accouche d’un style très carré, assez désuet mais élégant. L’arrière est davantage tarabiscoté avec des feux en position basse et une plaque visuellement plus haute, ce qui déstabilise instinctivement les regards à la recherche d’élégance noble.

Des innovations

Alfa Romeo réutilise alors le principe de l’architecture transaxle. Moteur en position longitudinale à l’avant, boîte de vitesses positionnée à l’arrière, architecture propulsion. Bon pour l’équilibre de la voiture, moins pour la mise au point, toujours un peu compliquée, et pour l’habitabilité (il faut caser la boîte entre les sièges arrière et le coffre).

Les clients visent dans les années 80 toujours plus d’embourgeoisement dans leurs berlines. Alfa Romeo maintient aussi ce cap. La nouvelle 90 se veut, par rapport à l’Alfetta, encore plus bourgeoise, plus confortable, plus équipée. De quoi viser une montée en gamme.

Ainsi, de fait la carrosserie et le dessin doivent inspirer ces valeurs nouvelles. Point d’agressivité, de pli de carrosserie sportif. Place à l’élégance et à la robustesse.

Cependant, le Cx (coefficient aérodynamique de pénétration dans l’air) n’est pas fameux. On ne peut tout avoir ! Mais Alfa Romeo débotte son arme secrète, que beaucoup ont malheureusement oublié : un spoiler sous le pare-chocs avant, qui se met en route et s’adapte en fonction de la vitesse. Notre modernité germano-fascinée n’a donc rien inventé…

A l’intérieur ?

A l’intérieur, pas de grande innovation. On reprend le dessin général de l’Alfetta, on modernise le tout visuellement. Les matériaux se veulent plus solides, le volant 3 branches donne un aspect sportif. Face au passager, signe des temps à l’époque des Golden-boys qui montrent leur richesse et leur position sociale dans leur voiture, il y a sous la boîte à gants un espace de rangement pouvant contenir un attaché-case pourvu à cet effet, comme vous pouvez d’ailleurs le voir su la photo ci-dessous.

Moteurs ? … Action ?

A son lancement, 4 moteurs étaient associés à la 90 :

• 4 cylindres 1.8 de 120 ch

• 4 cylindres 2.0 de 128 ch

• V6 Busso 2.5 de 158 ch

• 4 cylindres turbo diesel 2.4 de 105 ch (passé ensuite à 112 ch)

Les moteurs sont connus chez Alfa Romeo et ne souffrent guère la critique à l’époque. La marque au Biscione mise là aussi sur du connu et de l’éprouvé, source d’économies oblige.

Cependant, cela ne suffit pas à la marque italienne qui doit faire face au lancement de la Lancia Thema, rivale venue elle aussi d’Italie, mais propriété de Fiat. Plus moderne, plus bourgeoise, la Lancia lui taille des croupières. Autre coup sur le nez reçu par la 90, le lancement de l’Alfa Romeo 75, sa propre soeur, en 1985, pour célébrer les 75 ans de la marque. Plus moderne dans son dessin, plus sportive également (et ultime incarnation de l’architecture transaxle), bien qu’équipée de la même mécanique, la 75 cause du tort à la 90 qui sombre bien vite.

D’ailleurs, le restylage de 1986, soit à peine 2 ans après son lancement en change rien. Il faut dire qu’il est fait a minima. En effet, aucune modification ne fut apportée à la carrosserie. Seule la calandre fut très légèrement retouchée (barrettes plus nombreuses et resserrées, comme vous pouvez le voir ci-dessous) et les revêtements intérieurs revus. La calandre fut très légèrement retouchée et les revêtements intérieurs furent revus mais aucune modification ne fut apportée à la carrosserie. L’ABS fut introduit sur tous les modèles. Ce restylage donna lieu au lancement d’un nouveau nom : Alfa Romeo 90 Super. Malheureusement, il n’y avait de Super que le nom dans ce restylage qui n’en était pas un et qui n’était là que pour contresigner une fin de vie dans l’indifférence générale…

Clap de fin

En 1986, Fiat met la main sur Alfa Romeo, poussé par un Etat italien qui voulait se désengager et ne souhaitait pas que l’américain Ford en soit l’acheteur. Fiat, peu enclin mais forcé par cette opération, fait rapidement le ménage. La 90 est arrêtée dès 1987, soit 1 an après le rachat et après à peine 4 ans de vie. Elle est remplacée par l’Alfa Romeo 164 la même année, 164 qui utilise la plate-forme étrennée par les Lancia Thema, Fiat Croma et Saab 9000 dans le cadre d’un accord entre les marques italienne et suédoise qui aura fait sortir ces 3 dernières entre 1984 et 1985. La 164, elle, arrive forcément plus tardivement et utilise des pièces spécifiques (les 3 autres ont davantage de pièces en commun comme l’intérieur et les portières). Son Cx est meilleur et elle remplace avantageusement la 90. La première Alfa de l’ère Fiat…

Au final, seules 56 428 unités sont sorties des usines de montage pendant la (courte) vie de l’Alfa Romeo 90. 

Terminons par cette citation d’un journaliste du magazine d’Auto-Hebdo des années 80 (et trouvée sur Wikipedia) et qui opposait notamment l’Alfa Romeo 90 V6 2.5 et la Renault 25, une concurrente de l’époque, à moteur V6 également. Il terminait son comparatif en expliquant que « […] le choix du cœur penche pour l’italienne et que le choix rationnel va en faveur de la française. À vous maintenant de déterminer dans quel camp vous vous situez ».

Nul doute qu’ici, sur Italpassion, nous savons dans quel camp nous nous situons. Forcément !

 

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Guitou
Invité
Guitou

Eh bien moi, j’aime assez son derrière qui ne me semble pas vraiment tarabiscoté. Les feux arrières taille-basse ne sont pas vilains. Par contre, les montants très minces du pavillon ne sont pas très rassurants, mais la visibilité devait être bonne… ce qui n’est plus le cas des voitures d’aujourd’hui pleines d’épaisses protections dans l’habitacle. Seul le compteur est très original, mais enfin, cette ragazza n’est pas une beauté. Très bonne présentation historique, technique et esthétique de ce véhicule par un connaisseur.

Guitou
Invité
Guitou

PS. La ligne de l’Alfa 90 fait un peu penser à celle de la Renault 9, sortie à la même époque, mais dans une autre catégorie. Le style carré des années 70 commençait à s’arrondir un peu.

Ludo
Invité
Ludo

Quand même, dessinée par Bertone, imaginez plutôt l’Aston Martin Lagonda…

Manu
Invité
Manu

Mon père en a possédé une motorisée par le Busso. On roulait les fenêtres ouvertes pour écouter la mélodie.

NONO93
Invité
NONO93

l’ère des grandes berlines se compliquait , Fiat les a abandonné après les Argenta, Croma, Alfa tente de résister avec son Alfetta et cette 90 quasi inconnue, Renault avec sa R 25 résiste bien, Citroen connait elle aussi une lente désaffection, et puis arrivent les fameux SUV qui signent le déclin des berlines à image, seules les marques allemande grands spécialistes du genre demeurent

GHISLAIN CLABOTS
Invité
GHISLAIN CLABOTS

Design,look, tout cela restera le maître mot d’Alfa Roméo !! Je suis conquis par les anciennes Alfa !! Particulièrement l’Alfa Gtv !!
Et pour les actuelles, je suis sur l’Alfa Stelvio Quadriflolio 2.9 , que je compte m’offrir en juillet prochain !

Ludo
Invité
Ludo

Pour en avoir possédé 3 (2 en 2.5l V6 et une en 2.0l carbu), j’ai connu de grands moments dans cette berline, seul ou en famille accompagné de cette sonorité envoutante qui rend l’autoradio inutile. Impression nette d’être le seul a en avoir une, et pour cause peu de gens l’ont acheté… Pleine de défauts et donc de charme… c’est une véritable Alfa malgré son style boudé mais pourtant à la fois original et classique. Bref, j’y retournerais bien, ne serait-ce que pour sentir son train arrière se dérober, son châssis se tordre et la musique du V6 m’envahir encore et encore…

Jérôme
Invité
Jérôme

J’en ai acheté une il y a 3 ans, en V6, et je l’ai gardée 2 mois. Objectivement c’est un ratage. Je suis fan absolu des Alfetta mais la 90 a été développée avec vraiment trop peu de moyens pour être valable. Il faut se souvenir qu’elle était censée batailler avec ce qui était juste ‘es meilleures berlines familiales du moment, BMW série 5 e28, Audi 100 C3, et Mercedes w124. Et n’ avait pour vrai argument que son fabuleux moteur. Malheureusement étouffé par une boîte longuissime et pas aidé par une tenue de route pas du tout au niveau du fait d’un assouplissement excessif afin de préserver le confort.
Si on ajoute à ça un design original mais pas vraiment séduisant, des proportions déséquilibrées du fait de l’utilisation d’un châssis et d’une cellule centrale d’Alfetta et une finition soviétique, son sort était scellé dès le début, comme l’ont confirmé les chiffres de vente et sa brève carrière.
Hormis son train avant raté, la 164 était beaucoup plus crédible dans la catégorie et à d’ailleurs eu bien plus de succès.
Cela étant elle est aujourd’hui importante à préserver parce que rare et qu’elle marque une époque particulière dans l’histoire d’Alfa.
Et le tableau de bord digital ainsi que l’éclairage vert du ciel de toit de la V6 peuvent justifier un achat à eux seuls !

Lucas DOSSO
Invité
Lucas DOSSO

J’ai un souvenir d’enfant par rapport a la 90 iniezione 2.0 l de monpere dans les annees? 86 peut etre 88?. Personellement je trouve sa carosserie belle. Je me souviens du frein a main tres atypique facon manette d’avion. Du tissu des sieges dont la trame etait assez grosse je crois. C’etait la mode de l’epoque car chez Peugeot certaines 305 gti on eu ce type de tissu a grosse trame. C’etait une voiture qui pouvait voyager loin. Une voiture je pense confortable. Avec aussi des petites lampes au plafong, des liseuses comme des petits spots en demi sphere dont on pouvait regler l’orientation, bref une ambiance avion pour l’epoque.