L’Instant Nostalgie n°13 : Alfa Romeo Giulietta, une histoire d’amour qui dure…

C’est sans doute l’une des voitures les plus iconiques de la marque Alfa Romeo. Elle fait partie du panthéon de la bella machina italiana et tout collectionneur un tant soit peu esthète (et fortuné !) se doit d’en posséder une dans son garage. Elle incarne la Dolce Vita et la douceur de vivre italienne alliée à une noblesse mécanique. Elle, c’est l’Alfa Romeo Giulietta, 1ère génération, sortie en 1954. Retour sur un mythe !

Alfa Romeo Giulietta (1954-1962) : qui es-tu ?

La 2nde guerre Mondiale a tout changé. Si Alfa Romeo était avant guerre une marque de prestige, enchaînant les courses sportives et les victoires en tous genres, à partir de 1945, dans une Europe meurtrie et qui doit se reconstruire, la marque milanaise se doit de changer de stratégie. Plaisir, sportivité et luxe, oui, mais en démocratisant ses produits, seuls à même de faire perdurer la marque. Après une première berline Alfa Romeo 1900, la marque italienne décide de descendre encore en gamme.

C’est ainsi que naît la Giulietta, 1ère du nom, qui permet ainsi à Alfa Romeo d’asseoir son nouveau statut de constructeur généraliste, clé de sa survie. Présentée sous la forme d’une berline en 1954, elle doit assurer le rebond de la firme au Biscione.

Présentée en une classique berline, elle fut aussi dès le début proposée en coupé baptisé Sprint. Plus encore que la classique version à malle, c’est cette dernière déclinaison qui allait assurer la mythologie du modèle.

L’origine de son nom est incertaine, Alfa Romeo elle-même n’ayant pas d’explication officielle. La marque se contente d’évoquer cette anecdote : on raconte en effet qu’un soir de 1950, à l’occasion de la présentation de l’Alfa Romeo 1900 au Salon de Paris, le pilote Wimille et quelques directeurs de la marque italienne se rendirent dans une boîte de nuit où un aristocrate russe avait l’habitude d’entretenir la clientèle avec des poésies et des récits. Ayant reconnu les dirigeants, il les accueillit en leur demandant : « Il y a là huit Romeo et il n’y a même pas une Juliette? » Quelques années plus tard, Alfa Romeo présentait ainsi sa Giulietta…

Quoi qu’il en soit, à l’image de la belle romantique attendant et écoutant son Romeo depuis son balcon de Vérone, la nouvelle berline italienne reçut le titre de « Fiancée de l’Italie ». Le mythe était en marche…

Présentation et design

Le coupé Sprint, comme on l’a dit plus haut, a tout de suite été remarqué et remarquable. La fluidité des lignes, l’arrondi des formes, la taille menue de ce coupé alliés à un parfait équilibre des proportions ont de suite frappé l’imaginaire collectif. Il faut en effet se rappeler qu’au début des années 50, les carrosseries coupé étaient souvent imposantes, luxueuses et chères, mais aussi plus lourdes à conduire et se comportant comme des GT d’aujourd’hui. Preuve en effet avec la Lancia Aurelia B20 Coupé, dont l’instant Nostalgie est à relire ici.

Ici, point d’embonpoint, point de lourdeur ni de grandeur de taille. Tout est dans la simplicité et la légèreté. Une légèreté synonyme de sportivité, si chère à la marque de Milan. Le design du coupé Sprint est signé de Felice Boano et du Centro Stile Alfa Romeo.

Cependant, si Alfa Romeo produit la berline, le coupé est confié à Bertone. En effet, Alfa Romeo ne mise pas particulièrement sur ce coupé léger et ne prévoit qu’une faible production. En réalité, la Sprint s’écoulera pendant environ 10 ans et sa production se chiffrera à plus de 36 000 exemplaires. Un très bon chiffre pour une telle carrosserie et pour les années 50.

Le design est fluide, sans fioritures. L’empattement est court, les porte-à-faux réduits. Aucune arête vive, tout n’est fait que de galbes doucereux et de formes voluptueuses. A l’avant, la mythique calandre est modernisée par les « moustaches » latérales, accentuant le caractère de la machina. Des chromes bien sûr, dans la mentalité de l’époque, mais sans excès. Juste ce qu’il faut, là où il faut.

Sur le fond, le coupé Sprint est une coque autoporteuse et voit son intérieur aménagé en 2+2 pour accueillir 2 passagers à l’arrière. C’est malgré tout une malle pour accéder au coffre. On a donc un coupé à la cinématique et au design proche d’une berline. C’est beau, tout simplement.

A l’intérieur, c’est aux standards de l’époque. Propre, élégant, avec 3 gros compteurs face au conducteur, celui du milieu étant le compte-tours, sport oblige. Le volant, à la jante fine, est doublé en son centre par un autre cerceau qui est le klaxon. Le tout est composé en bakélite, nouveau matériau de l’époque. Le logo trône fièrement au centre.

La position de conduite est bonne et les cotes d’habitabilité sont honorables, quoique pas faramineuses, en particulier à l’arrière, plutôt exigu. Mais pouvait-on demander davantage dans une taille si menue ?

Cuore sportivo, évidemment…

La nouvelle Giulietta, très belle extérieurement, allait aussi marquer l’entrée du constructeur italien dans la catégorie des voitures de petite cylindrée inférieure à 1500 cm3 et ainsi permettre son envolée industrielle et commerciale.

On avait à l’époque affaire au fameux moteur 4 cylindres de 1290 cm3, avec une distribution à double arbre à cames entraîné par une chaîne, très moderne de conception et très révolutionnaire pour son époque, caractérisé par ailleurs par une utilisation massive de l’alliage d’aluminium (culasse, bloc). Ce 1.3 L avait aussi des pistons bombés et des chambres de combustion hémisphériques. Un jargon qui ne parlera pas forcément mais sachez que ce système s’est démocratisé et perdure encore aujourd’hui, preuve de la qualité d’ingénierie d’Alfa Romeo à l’époque.

Cependant, la configuration générale de la voiture est plutôt classique, avec une architecture propulsion, boîte 4 vitesses et moteur placé en position transversale à l’avant.

Le moteur déroulait ses 65 ch jusqu’à 6 100 tours/min. Des valeurs bien timides aujourd’hui. Mais n’oublions pas que la voiture ne pesait que 880 kg. Aussi, les 160 km/h pouvaient être atteints. A titre de comparaison, la Célèbre 2 CV Citroën développait 30 ch maximum pour ne pas atteindre les 100 km/h.

Evolutions multiples…

Dès 1955, Alfa Romeo propose une version cabriolet de sa Giulietta, basée sur le coupé Sprint et dénommée Spider. Cette évolution de carrosserie a été dessinée par Pininfarina.

Dès 1956, le coupé Sprint s’offre une version plus musclée que son 1.3L 65 ch. Ce dernier se voit greffer deux carburateurs permettant de délivrer 80 ch à 6 500 tours/min. Ainsi naît la version Sprint Veloce. La vitesse maximale est désormais de 180 km/h.

Puis apparaissent des carrosseries spéciales basées sur le coupé Sprint. D’abord, le carrossier Bertone, sous la houlette du designer Scaglione, propose en 1958 la Giulietta SS (pour « Sprint Speciale »…). Avec sa forme d’obus, particulièrement aérodynamique, le dessin marque les esprits. Le moteur passe à 100 ch, la boîte de vitesses offre 5 rapports et la vitesse maximale est désormais fixée à 200 km/h.

Si, en 1959, un léger restylage intervient sur la Giulietta Sprint et que les moteurs gagnent une poignée de chevaux (la Sprint passe de 65 à 80 ch et la Sprint Veloce de 80 à 90 ch), c’est surtout une nouvelle carrosserie qui fait encore sensation. Celle-ci est exécutée par Zagato, qui offre la Giulietta SZ (pour « Sprint Zagato »).

La caisse est entièrement en aluminium et l’arrière est très court, avec un design novateur et aérodynamique.

Postérité

La Giulietta se voit rapidement manger la laine sur le dos par la récente Giulia (1962), qui doit prendre son envol commercial. A ce titre, les Giulietta Sprint et Giulietta Spider changent de nom dès 1962, deviennent Giulia Sprint et Giulia Spider et adoptent le moteur de la nouvelle Giulia (moteur 1.6L de 92 ch, boîte 5 vitesses). En 1963, la Giulietta SS devient aussi Giulia SS et adopte un moteur 1.6L de 112 ch pour 195 km/h. La Giulietta SZ n’ayant pas été renouvelée, ne reste alors que la berline au catalogue pour répondre au doux nom de Giulietta. Mais elle est alors en fin de vie…

Au final, la production de la Giulietta 1ère du nom se décompose comme suit :

  • 35 808 versions Sprint dont 24 084 versions Sprint « classique », 3 058 « Sprint Veloce », 7 107 « Giulia Sprint » (après son changement de nom, donc…), 1 366 Giulietta SS, 210 Giulietta SZ (succès d’estime donc) et 1 400 Giulia SS (après le changement de nom).
  • 128 913 berlines Giulietta, plus familiale, certes moins flamboyante, mais qui aura répondu au cahier des charges d’Alfa Romeo : accéder à la démocratisation et à la pérennité.
  • 17 096 Spider dont 2 796 versions Veloce.

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marmotte31Guitou Auteurs de commentaires récents
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Guitou
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Guitou

La forme parfaite des Giulietta Sprint est un modèle d’équilibre. Ce genre de voiture légère a disparu, au profit des massifs SUV. Les renseignements mécaniques sont très intéressants. A titre de comparaison, une Ford Vedette ou une Frégate Renault , grosses berlines de cette époque ne développaient guère plus de 60 cv avant 1960, La DS 19 de 1956 première version proposait 66 cv SAE pour un poids bien supérieur, avec un vieux moteur de Traction à arbre à came latéral. Les premières 2cv Citroën 375 cc ne faisaient guère que 13cv SAE. Autant dire que ces puissantes Giulietta, dotés… Lire la suite »

marmotte31
Invité
marmotte31

Petite coquille > « moteur placé en position transversale à l’avant », c’est pluton longitudinale avant
bon WE a tous