Sergio Marchionne (1952-2018) : Grazie mille et Ciao !

 

                                « Sergio Marchionne est mort ». « Le patron de Fiat est décédé ». « Une page se tourne ».

 

Voilà quelques-uns des titres que j’ai pu découvrir alors que j’étais en vacances en Aveyron. D’où l’absence d’article immédiat à ce sujet. Une actualité pourtant brûlante et tellement secouante. Mais voilà, je n’avais pas la possibilité matérielle de réagir dessus immédiatement. Et pourtant ! Pourtant, ce fut un réel séisme pour moi. Lui, le taulier, la patron, celui qu’on aime ou qu’on déteste, ou qu’on aime détester, ou qu’on déteste aimer, lui, lui qui a incarné Fiat pendant 14 ans de labeur et de stratégie, lui qu’on pensait indéboulonnable, lui qui apparaissait encore dans les médias il y a quelques semaines, lui qui faisait la pluie et le beau temps du groupe, lui qui venait de dévoiler un tout nouveau plan stratégique jusqu’en 2022, lui qu’on s’impatientait de voir partir rapidement à la retraite pour voir un nouveau souffle arriver, moins financier et plus industriel, lui, cet homme aux éternels pulls foncés, toujours sans cravate, lui, cet homme n’est plus. Pas lui ! Pas comme ça ! Et pourtant…

Et pourtant ! Face à la mort, chacun, qu’il soit riche ou misérable, puissant ou homme de peu, se trouve à égalité de l’autre. Il n’est de puissance imperturbable. Et ce décès cruel vient de nous le rappeler une fois de plus. Après des bruits de couloir et des informations officielles lacunaires, il semblerait malheureusement que la santé de Marchionne eut en réalité été mauvaise depuis une année. Un sarcome (cancer des tissus mous) de l’épaule était visiblement apparu et il était suivi dans le plus grand secret, apparemment, puisque l’empire Fiat n’était pas au courant. Une opération de l’épaule fin juin, après une dernière apparition publique face aux Carabiniers (lui-même fut fils de carabinier, une bien triste ironie…) puis des complications, visiblement liées, d’après ce qu’on peut lire dans les médias, à une embolie qui aurait entraîné des dommages irréversibles au cerveau. Tout cela est encore vague et on ne saura peut-être jamais ce qu’il s’est vraiment passé. Par respect pour le secret médical et parce que ça ne changera rien au fait que cet homme, lui, celui qu’on pensait voir partir avec champagne et résultats triomphants, s’est éclipsé presque sans prévenir, sans éclat et sans bruit, sans aucun temps pour nous préparer, sans rien voir venir, dans une clinique suisse, à la fois foudroyé et traînant dans le plus grand secret l’angoisse abyssale de tout être humain du XXIème siècle : la maladie.

La nouvelle m’a secoué, éberlué, attristé. Peut-être que vous aussi.

J’ai ressenti comme un grand vide. Et vous ? Peut-être pas autant.

Je ne le connaissais pas, et vous non plus. Pas de quoi être anéanti.

Et pourtant…

Pourtant, cet homme, cet administrateur délégué dont nous avons si souvent écrit le nom et le prénom sur nos claviers, sur ce site, ou ailleurs, cet homme qui faisait trembler et espérer à tout moment, cet homme-là, nous ne l’avions jamais rencontré, il nous était lointain et nous étions inexistants pour lui, nous les participants de ce site Italpassion, nous les simples amoureux dans la bella italiana macchina. Nos mondes étaient à deux pôles différents, lui l’homme de la finance, nous les simples clients désireux du produit italien.

Jamais je n’aurais pu prendre un café avec lui, il ne représentait, stricto sensu, rien pour moi, pour le déroulement de ma vie personnelle. Et pourtant, ce jour là, ce 25 juillet 2018, au matin, par une magnifique journée ensoleillée, j’ai senti en moi l’urgence d’une situation, le vide d’une absence, la présence troublante et enveloppante d’un sentiment appelé tristesse, comme s’il était proche, lui dont nous ne savions finalement rien et dont nous parlions si souvent, lui qui, quelque part, très loin et de manière incroyable, faisait partie de ma vie. De nos vies. Directement, par passion du groupe FCA, ou indirectement, par le simple côtoiement journalier de voitures italiennes qui n’existeraient pas sans son feu vert.

 

Il était partout et il était loin en même temps, il était le groupe et il n’était qu’un homme, il était l’homme qu’on aurait rêvé tour à tour être et remplacer, celui qu’on aurait aimer inspirer et dont on peut en réalité s’inspirer. Il était l’administrateur délégué et il était en réalité le grand patron, il était l’iconoclaste permanent et le visionnaire de génie. Il était tout en même temps.

Il était… Parler de lui à l’imparfait, n’est-ce pas chose terrible quand, quelques semaines encore en arrière, on se piquait de savoir mieux faire que lui, à coups de « y a qu’à » « faut qu’on » ? On était le patron le temps d’un commentaire, et on oubliait l’homme qui devait souffrir chaque minute.

Alors, aujourd’hui, j’écris ces quelques lignes que vous trouverez peut-être agréables, ridicules, inutiles ou grandiloquentes, mais, pour une fois, je ne pense pas à l’intérêt ni à l’impact de ces mots, je ne pense qu’à moi et, à travers cet article, peut-être vous reconnaîtrez-vous. Car je pense à celui qui a sauvé Fiat en 2004, à celui qui a repris Chrysler en 2009 envers et contre tout les pronostics, à celui qui a assaini les comptes d’un groupe en perpétuel endettement, à celui qui a internationaliser une société, à celui qui a su flairer les bonnes affaires et toujours réussi à jongler avec les chiffres, à celui qui a pu rétablir des jours meilleurs pour un groupe aujourd’hui plus solide qu’hier et, souhaitons-le, encore plus fort demain. Mais je pense aussi à l’homme qui laisse une compagne, Manuela, et deux fils, Alessio et Tyler. A celui qui s’est éteint à 66 ans, un âge qui le faisait sans doute rêver d’une retraite bien méritée et qui n’était plus qu’une question de mois il y a encore peu…

 

On a tous eu, enfant, des modèles, des référents, voire, pour les plus courageux ou les plus intrépides d’entre-nous, des super-héros. On grandit, on les oublie et, parfois, adultes, on régresse dans l’enfance. Alors on se replonge dans une vieille BD, on se regarde un bon vieux film de notre enfance, on redécouvre un cahier d’école, un ré-ouvre son coffre à jouets oublié au grenier où on retrouve alors ses petites voitures (Fiat bien sûr !), son robot super-puissant et on se remémore alors les périodes insouciantes de l’enfant que l’on était et qui rêvait d’un héros réglant les problèmes du monde.

On a tous eu un jour, un super-héros. Personnage de fiction pour un enfant, personnage de l’histoire pour un nostalgique,  personnage artistique hors du commun à qui l’on s’identifie pour les plus rêveurs. On parlait il y a encore peu des Bleus, véritables nouveaux héros, capables de faire vibrer un pays, de lui redonner sa fierté, personnages truculents tels de nouveaux héros antiques sources d’exploits herculéens. Oui, les héros, existent toujours. On les cherche inconsciemment, on les bannit rigoureusement au nom de la raison pure et de la technologie 3.0. Depuis l’Antiquité, on se fait des héros.

Eschyle, grand auteur grec, disait « Le héros est celui qui relève le gant quand toutes les chances sont contre lui ». Sergio Marchionne fut, industriellement, de ceux-là. Il est un peu et restera toujours, pour moi, mon super-héros.

Alors pour tout ce qu’il a fait, mais aussi pour ce qu’il n’a pu ou su réaliser, pour toute cette tâche accomplie, industrielle, stratégique, financière, pour avoir continué à nous offrir des italiennes, aujourd’hui encore et sans, pour l’instant, le temps d’un hommage, penser à demain, ces italiennes toutes plus belles les unes que les autres, quand le groupe aurait pu être englouti, pour avoir su relever le gant, pour avoir su pérenniser la maison Fiat quand un simple souffle aurait pu tout faire s’écrouler, pour avoir su répondre aux détracteurs et fournir d’excellents résultats, pour avoir su rendre la fierté au désormais 7ème groupe automobile mondial, pour avoir su aller là où les autres ne voulaient pas prendre le risque d’aller, pour avoir su emmener loin la petite Fiat qu’on disait moribonde, pour tout cela et pour bien d’autres choses, cher Monsieur Marchionne, je vous dis, et nous vous disons tous : Grazie ! Grazie Mille ! Et définitivement Ciao, cher Monsieur Marchionne.

 

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CED74
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CED74

Magnifique article dans son ensemble, mes compliments.

Digian
Invité
Digian

Moi aussi je l ai aimė mais aussi detesté parfois …mais quoi qu on en dise, c était un grand homme. Un patron. Sergio Marchionne, merci et à plus tard…

Alexandre F.
Administrateur

Merci pour ce belle article, c’est bien de laisser parler sa plume !

Vincent
Invité
Vincent

Merci pour ce magnifique article, vous rendez un très bel hommage. Longue vie au groupe FCA.

dany
Invité
dany

merci pour l’oeuvre accomplie merci a ses successeurs de justement tout mettre en oeuvre pour continuer a nous faire vibrer

Stanislas
Invité
Stanislas

Bravo pour ce très beau texte. Sergio Marchionne a façonné les voitures italiennes depuis 14 ans. Si nous les aimons c’est aussi grâce à lui. Alors on pouvait être d’accord ou pas avec ses decisions, mais il aura marqué ce que sont les voitures italiennes. Il y a peu de patrons aussi charismatiques comme Sergio Marchionne qui laissent une empreinte aussi importante. Pour tout ce qu’il a fait pour l’industrie automobile italienne il mérite notre reconnaissance (clapping)

Bolo
Invité
Bolo

Un très grand industriel avec humanité, très peu peuvent se targuer de faire le même travail. Merci d’avoir remis sur les rails la voiture Italienne.

Carbonel roger
Invité
Carbonel roger

Grosse erreur d avoir laissé le marché européen Il faut rien n attendre du marché. Américain Maintenant fiat va sombrer Sergio tu es italien et non. Américain Repose en paix

2300
Invité
2300

Triste nouvelle ,malgre tout avec lui fiat a encore tenu 14 ans ,je ne suis pas sur que lon puise compte sur les americains (voir cnh iveco) Merci Monsieur

italo 11
Invité
italo 11

un grand homme super manager longue vie a fca vehicules d une tres grande fiabilitee je pense apres avoir et travaiille pour plusieurs marques la meilleur au monde

FIAT 124
Invité
FIAT 124

Ce fils d’IMMIGRE Italien qui est devenu Canadien, c’est lui qui a sauvé FIAT AUTOMOBILES , qui a su vendre FIAT à CHRYSLER tout en faisant croire le contraire,

Manu44
Invité
Manu44

Bravo pour la qualité de votre article en hommage au grand Sergio. J’ai appris que Mr Marchionne était hospitalisé pendant mes vacances en Italie en juillet. Un grand merci à lui d’avoir lancé la Giulia avec laquelle je me suis rendu au musée d’Arese. Que d’émotions !!! Merci d’avoir sauvé la FIAT et ALFA.

TVR
Invité
TVR

Merci!

lucien
Invité
lucien

Un grand Merci , pour cette article rédiger en Maitre génial comme article ,sublime, grandiose ,purée je croyais que seul les stars people avaient leurs idoles ,, hé bien non , meme Sergio avaient ses idoles comme moi , je croyais que j était seul a considéré que Mr Marchionne était un prodige industriel et visionnaire , que meme les murs ne pouvaient pas l arréter , cette article ma fait chaud au cœur avec une justesse et d une grande classe a la hauteur de Mr Marchionne pour l amour de cette marque Fiat , alfa, masérati, ferrari ,lancia

Jmb
Invité
Jmb

Sergio !
Moi aussi, ça m’a fait quelque-chose.
L’homme qui nous avait fait écouter la Callas à fond avant de nous écouter présenter notre plan, celui qui se tordait le cou pour voir la finale de coupe de football par dessus mon épaule.
Si brillamment inhumain, et si humain avec les petits comme nous.