Résultats FCA 1er trimestre 2018 : pas d’investissements donc moins de dette !

Les résultats financiers pour le 1er trimestre 2018 (du 1er janvier au 31 mars) du groupe FCA sont tombés il y a peu et ils sont dans la continuité de ceux de 2017, c’est-à-dire solides, avec malgré tout des différences selon les marchés, comme nous le verrons ci-dessous.

Les produits lancés ou présentés

Le groupe annonce fièrement avoir lancé de nouveaux modèles. Ah bon ? Nous n’avons rien vu. En réalité, il s’agit de véhicules destinés au marché nord-américain ou chinois, avec juste 2 séries spéciales pour l’Europe.

Il s’agit du grand pick-up RAM, 5e génération, véritable icône aux Etats-Unis et modèle primordial du groupe.

On y ajoutera la présentation ces jours-ci au Salon de pékin du Jeep Grand Commander, seul SUV 7 places de la marque américaine dont on ne sait pas encore si elle traversera la Mer de Chine pour une commercialisation aux USA ou ailleurs. Il semblerait que plusieurs stratégies s’affrontent en interne à ce sujet.

De même, le Maserati Levante Trofeo, présenté il y a quelques semaines à New-York pourrait n’être proposé que sur le marché nord-américain, la faute à des normes anti-pollution trop drastiques chez nous et qui obligent certaines marques premium à retirer quelques modèles exclusifs et excessifs de leurs catalogues (BMW ou Audi notamment semblent concernées…).

Enfin, chez nous, rien d’autre que les séries spéciales Giulia et Stelvio Nürburgring Edition présentées à Genève. Maigre !

Résultats financiers globaux

Ainsi, le groupe FCA a annoncé un chiffre d’affaires (CA)  de 27 milliards d’€, un chiffre légèrement en baisse (-2 %) par rapport au 1er trimestre de l’an dernier (27,7 milliards d’€) mais qui augmente de +9 % à taux de change constant.

Le bénéfice d’exploitation ajusté (Ebit), c’est-à-dire avant intérêts et impôts, s’établit, lui, à 1,611 milliard d’€, soit + 5 % par rapport à la même période de l’an dernier. A noter que ce résultat trimestriel est supérieur à celui de General Motors. La marge liée à ce bénéfice s’élève à 6 % (contre 5,5 % au 1er trimestre de l’an dernier).

Le bénéfice net, lui, s’établit à 1 milliard d’€, contre 671 millions sur la même période de l’an dernier, soit + 55 % sur un an ! Le résultat, selon le groupe, de la réforme fiscale de l’administration Trump.

Concernant la dette industrielle, elle a encore fondu, passant de 2,4 milliards d’€ fin décembre 2017 à 1.3 milliards fin mars 2018, soit 1 milliard encore effacé !

Les liquidités disponibles (trésorerie cash et lignes de crédit) s’établissent à 19,4 milliards (contre 20.4 milliards fin 2017).

Enfin, les livraisons du groupe sont en augmentation de +5 % par rapport à la même période de l’an passé, s’établissant à 1,2 million de véhicules, principalement grâce à la croissance des marchés nord-américains et sud-américains et à Jeep, dont la croissance s’est établie sur la période à +37 %. Malgré tout, les ventes réalisées en joint-ventures se sont un peu tassées, avec 53 000 véhicules (contre 67 000 sur le 1er trimestre 2017). 

Les marchés du monde : quelles zones de force ?

Concernant les différents marchés du monde, voici leurs résultats et l’analyse qui va avec :

• La zone EMEA

Sur le marché de la zone EMEA (Europe, Afrique du Nord, Moyen-Orient), le CA est stable, à 5,6 milliards d’€. Concernant les ventes, elles sont en légère baisse, passant de 399 000 véhicules l’an passé à la même période à 390 000 pour le 1er trimestre 2018, la cause en incombant à la chute sur le marché britannique (-12 %) et à la stagnation sur le marché italien (-1 %). La part de marché du groupe passe quant à elle de 7 % à 6,7 %.

Le groupe souligne que les livraisons en forme des Jeep Compass II et Alfa Romeo Stelvio compensent partiellement les baisses des Fiat Panda et Lancia Ypsilon.

Les ventes de véhicules particuliers sont en baisse de -4 %, principalement dues aux segments A et B. Fiat baisse de -9% quand Jeep augmente de +42% et Alfa Romeo de +15%, souligne le groupe.

En ce qui concerne les VUL (véhicules utilitaires légers), les ventes sont en hausse de +2 %, hausse majoritairement due aux marchés italien, français et allemand et au Ducato, souligne le groupe. La part du groupe FCA dans les utilitaires légers passe quant à elle de 10,8 à 11,3 %.

Enfin, la marge ajustée du groupe reste stable, à 3,2 %.

• La Zone NAFTA

La zone nord-américaine, elle, voit s’établir son CA à 16,4 milliards d’€. Un chiffre en baisse de -10 % sur un an, malgré une amélioration sur les prix nets des véhicules.

Les ventes, quant à elles, reculent aussi (très) légèrement, passant de 597 000 véhicules sur les 3 premiers mois 2017 à 594 000 sur les 3 premiers mois de 2018. 

Ainsi, dans sa présentation des résultats, on notera que le marché des USA voit les ventes du groupe se trouver en augmentation de +1 %, quand le Canada baisse, lui, de -5 % et le Mexique de -17 %. Du côté des marques, Jeep augmente de + 22 % en Amérique du Nord, grâce aux nouveaux Compass et Wrangler, tout comme au Cherokee récemment restylé, alors que RAM baisse de -13 %, un chiffre qui s’explique aisément selon FCA : la réduction des ventes aux flottes. Chrysler baisse de -5 % et Dodge de -16 %.

Par ailleurs,  la part de marché s’effrite aussi, passant de 12,2 % à 11,9 %.

Enfin, le septième constructeur automobile mondial a fait état d’une marge opérationnelle ajustée de 7,4 % en Amérique du Nord contre 7,3 % un an auparavant, en dépit d’une baisse des ventes.

• La Zone LATAM

En Amérique du Sud, la situation est en nette amélioration par rapport à l’an passé.  Le CA augmente de + 35 % à taux de change constant, à 1,9 milliard d’€, une croissance du volume jugée forte avec un bon mix de véhicules et des prix assez haut placés.

Les ventes augmentent aussi, à 127 000 unités écoulées sur les 3 derniers mois (contre 113 000 l’an passé), notamment grâce aux Fiat Argo, Cronos et Strada, mais aussi aux véhicules construits dans l’usine de Goiana dans l’Etat du Pernambuco (Fiat Toro, Jeep Renegade et Compass). Mais la part de marché s’effrite néanmoins, passant de 12,2 % à 11,9 %.

Le Brésil a été un marché où FCA a écoulé 86 000 véhicules, en hausse de +5 % sur un an. Dans le même temps, l’Argentine aura été un marché tout aussi juteux, avec 33 000 unités qui y auront été livrées, soit + 35 % par rapport à l’an dernier.

Jeep demeure au Brésil leader des SUV avec 20,2 % de part de marché de ce segment. Le tout nouveau Compass y est, comme on l’a dit, déjà l’une des meilleures ventes du marché brésilien.

Enfin, le septième constructeur automobile mondial a fait état d’une marge opérationnelle ajustée de 3,9 % sur les marchés brésilien et argentin contre seulement 1,2 % un an auparavant.

• La zone APAC

Sur le marché de la zone Asie-Pacifique, le talon d’Achille du groupe, qui s’y est installé tardivement et parfois difficilement, le CA est en baisse de -3 % à 619 millions d’€ contre 666 millions d’€ l’an passé sur la même période.

Les ventes ont, elles, stagné à 62 000 unités, dont 42 000 issues de sa joint-venture avec GAC en Chine, la production locale étant assurée exclusivement par Jeep.

Par ailleurs, la part de marché stagne à 0,7 % ! Avec des fortunes diverses : une baisse à 0,8 % pour la Chine, la faute en incombant, selon le groupe, à une baisse des ventes en joint-ventures des Renegade et Cherokee, alors que la part de marché en Inde augmente et atteint 0,7 %, grâce au Compass, produit là-bas pour les marchés à conduite intérieure à droite.

Enfin, le septième constructeur automobile mondial a fait état d’une marge opérationnelle ajustée de 1,6 % sur les marchés asiatiques contre 3,2 % un an auparavant.

Quelques déclarations du grand patron

Sergio Marchionne, qui est à la tête du groupe pour moins d’un an encore, a tout d’abord déclaré être « vraiment satisfait de la réduction de l’endettement industriel« . Une baisse « liée à la fin du cycle d’investissement actuel« .

Le groupe a par ailleurs ajouté que  les dépenses d’investissement au premier trimestre ont diminué en raison d’un « changement d’investissement » mais qu’elles augmenteront à nouveau en deuxième partie de l’année « pour soutenir le lancement de nouveaux produits« .

En tout état de cause, le directeur financier Richard Palmer a souligné que « le total des dépenses d’investissement de 2018 sera inférieur à celui de 2017 et s’élèvera à environ 8 milliards d’euros ». Un montant qui est évidemment suffisant pour lancer les nouveaux modèles qui, selon Marchionne, vont permettre une nouvelle poussée des marges bénéficiaires.

Le groupe a par ailleurs confirmé les objectifs pour l’ensemble de 2018. Le chiffre d’affaires devrait être de l’ordre de 125 milliards d’euros, le résultat d’exploitation d’au moins 8,7 milliards et le bénéfice net d’environ 5 milliards. A la fin de l’année, il n’y aura plus de dette industrielle, mais une liquidité nette de 4 milliards.

Quand un analyste demande à Marchionne  s’il n’y a pas la possibilité qu’il décide de rester, Marchionne a clairement répondu: c’est une chance entre « zéro et non » .

Des informations sur le successeur ?

On sait que ce sera un homme et qu’il sera du groupe. Plusieurs tiennent la corde.

1- Richard Palmer, le directeur financier

2- Alfredo Altavilla, le patron du groupe pour la zone EMEA

3- Mike Manley, le patron de Jeep.

4- Reid Bigland, patron du groupe en Amérique du Nord.

Pas d’information certaines mais, tels les Britanniques grands parieurs du prénom du nouveau bébé royal ou de la couleur de la robe de la Reine pour telle fête, on peut se laisser aller à quelques pronostics.

-> Tout d’abord, les faveurs sur Reid Bigland semblent être tombées. On a appris que Sergio Marchionne avait été très déçu du lancement du Maserati Levante, dont les ventes souffrent, 2 ans après son lancement, et font souffrir la marque entière. Selon lui, cette contre-performance serait due à un mauvais lancement organisé par les équipes de Maserati dans le monde. Voilà pourquoi il viendrait de virer Reid Bigland du poste de directeur mondial de Maserati, pour le remplacer par un certain Tim Kuniskis. Et Marchionne espère que la nouvelle version Trofeo va permettre au Levante d’augmenter sensiblement ses ventes, particulièrement sur le marché américain.

-> On a par ailleurs appris que John Elkann a revendiqué le choix du futur administrateur délégué du groupe. Il l’a fait dans une lettre écrite aux actionnaires d’Exor, le coffre-fort de la famille. Dans ses lignes, le profil décrit rappelle celui d’ Alfredo Altavilla, actuellement à la tête de la zone EMEA, et qui a toujours été concerné uniquement par les produits.

-> Dès lors, les chances de Richard Palmer, l’homme des chiffres du groupe et qui semblait avoir les faveurs de Marchionne, tombent-elles ? La suite prochainement…

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4 commentaires à propos de Résultats FCA 1er trimestre 2018 : pas d’investissements donc moins de dette !

alexandre dit : S'abonner 5 May 2018 à 17 h 35 min
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Le titre de l'article veut tout dire ! moins de dettes car... pas d'investissement... vivement que ça reprenne... Pour le Maserati Levante Trofeo, j'en ai parlé de vive voix avec le DG Maserati West Europe et il n'est bien pas prévu en Europe pour le moment. Toutefois s'il fonctionne très bien aux USA alors il sera envisagé en Europe mais il devra être réadapté pour passer les normes anti pollution et cela veut donc dire... investissement !

    curitiba89 dit : S'abonner 7 May 2018 à 14 h 26 min
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    Bravo pour cette synthèse très complète, qu'on ne retrouve nulle part ailleurs.

    • Giulietta 170 TCT, 500X Cross+ 140 DCT
    Fredo dit : S'abonner 7 May 2018 à 16 h 34 min
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    Alfredo Altavilla a vraiment le profil pour faire prospérer Fiat avec des modèles adaptés à la clientèle européenne, j'espère vraiment que ce sera lui qui sera choisi !

      Grez dit : S'abonner 8 May 2018 à 13 h 50 min
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      Comme d’habitudes ces derniers trimestres, d’excellents résultats donc une très très gestion financière. Reste plus qu’a lancer des vrais nouveautés qui viendront je pense avec le remplacent de Sergio. Reste le problème de la Chine qui en principe devait absorber plus de volume... et ça n’a pas l’air d’être encore ça.

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